04/03/2017 16:16 | Lien permanent | Commentaires (0)

Et que ça mousse!

Ah, quel étrange objet! Cette masse ronde ou rectangulaire, souvent parfumée, présente une surface lisse et douce au toucher; elle glisse aisément dans la paume de la main et – miracle – se met à mousser quand on la mouille. Qu’est-ce que c’est? Si vous avez aisément identifié un savon, il n’est pas exclu que vous ayez plus de 30 ans. Pour les autres, permettez un petit rappel: la savonnette n’est pas seulement un joujou amusant à utiliser sous le robinet, elle sert aussi à se laver les mains (et le reste). On peut la remplacer, mais c’est moins drôle, moins sensuel, par du gel lavant liquide, que l’on fait jaillir d’un petit bec verseur. Et oui: il faut y avoir recours avant chaque repas, ainsi qu’en sortant des toilettes. Voilà, voilà…

Vous me prenez pour une simplette qui énonce des évidences? J’espère que vous avez raison! Mais il y a des moments où je me dis qu’aucune lapalissade n’est inutile, à tout hasard… Des fois que la génération des millennials, en Suisse, n’ait subi le même lavage de cerveaux (à défaut de mains…) que leurs contemporains en Grande-Bretagne. C’est que, depuis des semaines, les journaux britanniques bruissent de terreur devant la propagation d’une dysenterie exceptionnellement virulente, qui envoie les gens la tête la première en direction de la cuvette des WC (oui, c’est cette variété-là…). Principale responsable: la Shigella, une saleté de superbacille résistant aux antibiotiques. Principaux coresponsables: les bambins des écoles, qui vivent dans la joyeuse promiscuité des places de jeux et aussi – c’est là que les médecins britanniques frissonnent – les étudiants, frais échappés de chez maman-papa, qui mystérieusement oublient aussi sec qu’il convient de se laver les mains avant comme après. Et voilà pourquoi il ne faut jamais se servir de cacahuètes dans les fêtes arrosées de bières de jeunes: on ignore quel assaisonnement bactérien pullule dans le plat commun. Du coup, les sites des universités proposent des conseils d’hygiène – on se pince! - qui semblent jaillis du XIXsiècle, avec des tutoriaux en étapes: on mouille les mains, on savonne abondamment, on frotte la gauche avec la droite, puis l’inverse…

La vie d’une mère est ainsi parsemée d’instants de vertige profond: et si je leur avais transmis si peu…? Rapide passage en revue des fondamentaux, pendant que les oisillons nichent encore dans le coin: mains propres pour passer à table? Fourchette à gauche, couteau à droite, on est bien d’accord? Et les dents! Bon sang les dents! Montre-moi comment tu les brosses, avant de t’en aller de par le vaste monde!

28/02/2017 16:18 | Lien permanent | Commentaires (0)

Rock me baby

Au hit-parade de la mignonneté, il n’y a pas que des chats. Il y a aussi des bébés. Alors que les petits félins, doux comme des peluches, ratent leurs sauts, font des grimaces et se disputent des écuelles de lait sur les réseaux sociaux, les bébés humains, eux, dansent devant la caméra. Je n’ai évidemment pas accès aux divers algorithmes qui permettent de comparer le degré d’émotion éprouvé par l’internaute contemporain devant de telles visions (en fonction de l’âge, du sexe ou de l’habitat ville/campagne?), mais mon curseur personnel tend à placer le nourrisson juste après le chaton. Evidemment! Le petit de l’homme peut être chauve, baveux, crispé, gluant, alors que le minou est immuablement charmant et velu. Reste un cas de figure où le bébé talonne de près son rival: c’est quand il est accompagné de cet accessoire follement tendance, un jeune père en bermudas.

Si, comme moi, il vous arrive de flâner au pays des likes, vous vous serez arrêté un instant sur ces vidéos. Il y a cet homme un peu mal rasé (effet peluche, là aussi?), qui fait faires des claquettes et des bonds au bambin harnaché sur son ventre, en manipulant ses petits petons en rythme sur une table. Effet Fred Astair en marionnette, le papa s’amuse, le danseur pour de faux ouvre des mirettes extatiques en se demandant ce qui peut bien se passer au niveau de ses membres inférieurs… et le public fond d’attendrissement. Pareil avec ces cours collectifs de danse avec bébé, où les jeunes pères apprennent une chorégraphie comme dans les comédies musicales, avec de grands mouvements d’ensemble et des petiots collés au corps. Il s’agit de renforcer le lien père-fils, comme disent les psys, dans une quête de rythme à deux au sein de la foule. Ah, ce mélange de rugosité et de joues de bébé, de muscles et de vulnérabilité, d’expérience et de confiance! Chou, trognon, craquant… On peine à moduler ses vocalises suaves devant tant de douceur sirupeuse.

Il y a à peine trente ans que les pères ont découvert qu’un enfant réclamait parfois qu’on lui change les langes et nécessitait d’occasionnels levers nocturnes. Ils ont appris depuis. Souvent ils ont même participé aux séances de préparation à l’accouchement. Quelques générations de nouveaux pères plus tard, les voilà donc en train de danser entre garçons - pendant que maman s’initie au bricolage avec ses copines? Outre la connivence créée dans les familles par tous ces nouveaux rôles, je teinte mes sarcasmes de tendresse face à ces duos bondissants. J’espère surtout que le bout de chou dans son porte-bébé est un garçon. Peut-être va-t-on enfin voir arriver une génération de futurs hommes qui aiment danser autre chose que le pogo et qui sauront bouger avec grâce et imagination quand la musique poussera aux circonvolutions en couple. Un jour, plus tard…

18/02/2017 11:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

Petite baleine chérie

Parmi les valentineries qui viennent de  se déverser dans les vitrines du centre-ville, il est en une qui m’interpelle depuis toujours: c’est la lingerie fine. Quel poison de cadeau… Je manque sans doute d’imagination, mais je vois mal comment ne pas y reconnaître une injonction à se (re)prendre en main -  si je puis l’exprimer ainsi. Celui qui a envie d’enrober la femme aimée de nouvelles dentelles suggère forcément que les actuelles ont fait leur temps et qu’il serait bien de pimenter les petits jeux dessus dessous. Une manière, qui se veut  légère comme un souffle de soie, gracieuse comme un paquet enrubanné, de dire «Allons, bobonne, il est temps d’y mettre un peu du tien… J’ai payé la parure en mousseline, montre-moi en retour ce que tu sais en faire.» Bref, pas besoin de faire un dessin, dans ma vision du couple, une femme achète sa lingerie elle-même, à son gré, ou éventuellement à deux dans des élans partagés, mais elle ne se la fait pas imposer sous prétexte de festivités cucul à petits cœurs.

Cela pour dire que, par contraste, j’ai trouvé très tendre l’actuelle exposition Undressed: a brief history of Underwear (jusqu’au 12 mars), au Victoria and Albert Museum, à Londres. Le visiteur y plonge dans l’intimité des garde-robes, des bandeaux faits maison de la fin du XVIIIe siècle aux récentes gaines structurantes – y compris d’intéressants modèles australiens pour hommes, qui donnent l’illusion d’un appareillage surdimensionné (une idée de cadeau, mmmh?). Evidemment, les dessous d’antan tiennent davantage de la prison fortifiée que de la parure de séduction. Mais ils racontent aussi de douces histoires. Quelle délicatesse, quel amour, dans ce travail à la main d’une mère qui brode le trousseau de sa fille! Quelle générosité déployée par cette bonnetière du début du XIXe siècle, pour parvenir à contenir les formes dans des armatures plus souples, qui blessent moins les chairs compressées. Et que de brevets déposés, il y a 100 ans, pour enfin en arriver à la forme de soutien-gorge actuelle, basée sur deux triangles, qui permet au corps de bouger. Les voilà, les vrais cadeaux en lingerie: ils résident dans l’ingéniosité et la minutie qui confèrent confort et liberté. Un lent chemin vers le mieux…

Pour redonner tout de même une place à l’amour dans cet enchevêtrement de tissus brodés, de corps contraints, de sentiments et de désirs, j’ai été touchée par les baleines de corsets, que les belles de l’époque faisaient graver. Le fanon de cétacé se voyait ainsi marqué d’un symbole amoureux ou d’un nom, avant de se retrouver cousu à jamais dans les épaisseurs d’une doublure. Peut-être une piste pour les fabricants de lingerie d’aujourd’hui? Une alternative soyeuse au tatouage? Tant qu’à offrir des froufrous, autant que ce soit pour inciter Valentine à portrer un message secret tout au long du jour contre sa peau, plutôt qu’une simple invite à la bagatelle… Mais bon, je suis sans doute trop romantique.