29/01/2018 08:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Son altesse nasale

Est-ce que c’est moi qui vois mal? En suivant des yeux le profil de Meghan Markle, future probable Altesse royale, la Duchesse de Sussex (jamais princesse, grands dieux! Celles-ci sont toujours d’extraction noble, le titre ne s’acquiert pas par alliance), en suivant donc la ligne du profil, on note un front haut et bombé, un nez droit et long, avec une pointe… disons fortement marquée, des lèvres pleines qui sourient souvent et un menton déterminé. Mettons que vous soyez une midinette fétichiste affolée par les célèbres de ce monde, quelle partie de ce visage aimeriez-vous lui voler pour la porter à votre tour? Moi, je prendrais le sourire, qui, allié à l’étincelle dans l’œil, lui confère une lumière qui fait plaisir à voir. Mais évidemment j’ai tout faux, car les imitatrices ne veulent qu’un élément: le nez. Les chirurgiens esthétiques confirment la demande: tant pis pour Kim Kardashian, Jessica Alba, Natalie Portman ou Scarlett Johansson (références jusqu’à peu), les clientes de la beauté sur demande veulent désormais le nez de Meghan.

Je lis ça et j’essaie d’éveiller dans mon cerveau des images de ces appendices, objets de convoitise. Qu’est-ce qu’il a, le nez de Scarlett…? Rien justement! Je ne sais même pas s’il est refait ou non. Idem pour celui des autres: harmonieux certes, petit mais pas trop, droit mais pas trop, ni trompette ni tombant, ni oui ni non. Jusqu’à présent donc, la demande était grande pour des nez relativement anodins, qui se fondent dans le paysage facial. Rien de tel avec la fiancée royale: son nez est inoubliable. Ni un pic, ni un cap, ni même une péninsule, mais tout de même un joli morceau retroussé planté au milieu de la photo, avec un cartilage alaire qui se pose solidement là. Il lui va bien, mais franchement je ne prendrais pas le risque de m’en faire poser un pareil. Vous si?

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il reste – semble-t-il – des femmes sur la planète à chercher un moyen d’envoûter un prince roux et charmant et à s’imaginer que la bonne formule de nez fait partie de la recette magique. La bonne nouvelle, c’est que les beautés qui font rêver les foules gagnent en caractère. Cette extrémité nasale vers le haut et la pointe d’espièglerie que cela confère à l’expression sont de vrais traits distinctifs de cette drôle de royale jaillie d’un écran de télévision. Les groupies copient un tempérament, pas une poupée de plastique reproductible en moule. On progresse. Allons, encore un effort, encore un pas: ne reste qu’à apprendre à aimer et travailler sa propre personnalité, plutôt que celle d’une autre. Moi, j’ai une bosse sur l’arête, vestige d’une bagarre enfantine. Promis, j’arrête de la regarder de travers et je me mets à lui dire bonjour avec bienveillance, le matin dans le miroir. A chacun le caractère qu’il peut.

 

12/01/2018 11:04 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pour une année qui sent bon

Alors, à l’heure de l’inventaire post-sapin, combien de bougies parfumées? Si vous en avez reçu/offert, je suis au regret de vous annoncer que vous n’êtes pas complétement seuls dans ce cas. Dans notre monde fébrile culpabilisé de ne pas atteindre le nirvana Hygge, la bougie qui sent bon apparaît comme une manière assez simple de passer de stress à paix – ou de s’en donner l’illusion. A nous donc les effluves d’ambre et santal nuancés de vanille, de thé vert avec un coeur de jasmin, de fruits rouge avec une note de menthe… Ou préférez vous les ambiances gourmandes genre citron meringué? Ou carrément kouglof à la cannelle? Juste un ordre de grandeur, pour le vertige: en 2016 (les données 2017 n’ont pas encore été publiées), 1'676'540 tonnes de cire ont été fondues sur terre pour en faire des bougies (aromatisées ou pas), soit une valeur de 7,5 milliards de dollars, à en croire le rapport du Global Candle Market. Et ce  n’est pas fini: les analystes financiers évaluent le potentiel de croissance de la version senteur à 5,88% par an jusqu’en 2025, une ascension fulgurante soutenue par notre quête de zénitude rapide sous emballage cellophane. Cette aspiration au bien-être par contamination olfactive a commencé aux Etats-Unis et se répand aujourd’hui dans les marchés émergents. Je n’y crois pas: même en Asie, terre bouddhiste qui devrait se montrer au-delà de ces frivolités, les classes moyennes veulent se détendre avec des odeurs dans leur déco… A noter que le mouvement est aussi influencé par la multiplication de spas en tous genres, qui font de la bougie un usage hautement immodéré – et facile à copier: qui n’a jamais disposé de lumignon sur le rebord de sa baignoire gratte vite sa première allumette. Fermez les yeux, ouvrez les narines: un univers de sensualité et de douceur s’ouvre à vous.

D’un pur point de vue fonctionnel, la bougie parfumée représente le cadeau parfait. Intime, mais pas trop, possiblement luxueuse, mais pas forcément, elle offre aussi l’insigne avantage de pouvoir être glissée au fond d’un tiroir et refilée à un autre récipiendaire. Une étude (encore une!) postule que 25% des cadeaux reçus durant les fêtes sont réofferts aussi sec… Chiche que la bougie caracole en tête de liste?

J’ai beau badiner sur les nouvelles tocades et l’effet moutonnier de nous tous en position de lotus devant la flamme qui vacille, je me dois d’avouer ma complicité active à l’épidémie. Durant les divers Noëls à répétition, j’ai personnellement déballé quatre bougies parfumées et j’en ai enrobé trois de papier doré – pas les mêmes, je tiens à le préciser. Et vous savez quoi? J’ai acheté chacune avec amour et je suis ravie de toutes celles que j’ai reçues. C’est mièvre, je le sais, mais aucune senteur délicate, aucune lumière ténue ne me paraît en trop pour dissiper les ténèbres d’une année qui commence.

De l'étoffe, que diable!

Pour affronter les pentes blanches, j’ai acheté un nouveau pantalon de ski. Une chose couleur kaki, douce comme un duvet, légère comme un souffle, extensible comme un chewing-gum au soleil. Un rêve pour jambes en position de schuss (je sais, ce n’est plus comme ça qu’on skie, mais pour les guirlandes dans la poudreuse, ça passe aussi). Comme la petite folie coûtait une blinde, j’ai renoncé à la veste assortie. De retour à la maison, j’ai repensé à ce vieil anorak que ma fille ne porte plus (Eh! il n’y a aucune raison que les pillages d’armoire se passent à sens unique), dont la teinte pourrait jouer les dégradés. La pièce s’avère suffisamment démodée pour arborer un petit genre extravagant et, avec mon gilet gris-vert aussi, me voilà déguisée en plateau d’apéritif servi sur lattes, variations sur olives picholine, Lucques ou Manzanilla.
Outre mon amusement devant ces facéties dégustatoires, ce constat: au final, les vêtements vieillissent fort bien. Durant des décennies, l’industrie de la mode a tenté de nous faire gober que telle couleur n’était vraiment plus possible, telle coupe au-delà du ridicule passé sa saison de gloire. Or, dans l’actuelle offre pléthorique, où chaque marque se recentre sur son ADN et s’efforce de prouver son unicité, tout et n’importe quoi devient possible et stylé - pourvu que l’allure ait l’air d’avoir été construite exprès. Ça tombe bien: la vieille veste a traversé les ans sans signe d’obsolescence majeur, jusqu’à la matière, certes moins technologiquement performante que les tissus actuels, mais somme toute suffisamment chaude et protectrice. Seuls signes d’antan: le petit mousqueton intégré au bout d’un élastique, qui servait à arrimer les abonnements de ski de jadis, ceux qu’il fallait insérer dans la machine à chaque portique de téléski. Et la poche intérieure prévue pour le téléphone mobile avait été conçue pour ces tout petits appareils pliables très étroits, comme celui dont même ma maman vient de se séparer (madame est antiquaire?). Pas moyen d’y faire entrer le joujou actuel qui me sert d’annexe de cerveau et qui a rejoint une autre poche.
Téléphone, justement! Tandis que la vieille veste s’ébattait joyeusement dans son retour à la vie, mon appareil de communication s’éteignait piteusement, mort de froid. J’aime assez la parabole: le textile est désormais plus pérenne que la technologie. Fragile tissu, belle étoffe dont sont cousus les rêves, je crois en toi.