05/01/2016

Ma journée sans tête

Vous le savez sans doute comme moi, le monde s'arrête au 31 décembre à minuit. D'ici là, tous les dossiers doivent être bouclés, les comptes soldés, les conflits résolus, les cartes de vœux envoyées, les apéros annuels dûment célébrés, les ongles repeints de neuf et tout ce genre de chose. Je ne comprends d'ailleurs toujours pas pourquoi décembre ne propose pas le double de jours, pour nous donner une chance de venir à bout de la liste. Bref, j'étais en plein milieu de cette cavalcade effrénée vers la fin de l'année et le néant qui s’ensuit, quand j'ai réalisé que j'avais oublié mon téléphone mobile à la maison. Il était 7 h 51 du matin sur le quai de la gare et j'ai soudain eu l'impression que le monde s'arrêtait encore plus vite que prévu. Le vide total. Autant dire que c'est mon cerveau qui avait été laissé sur son chargeur, tout là-bas, hors d'atteinte. Mon billet de train? Dans mes SMS. Les horaires de mes rendez-vous? Dans mon agenda électronique. Les adresses? Dans mon répertoire. Les documents à discuter? Dans ma Drop box. J'ai lutté contre l'envie d'aller me recoucher - démunie comme je me sentais, ça n'aurait pas changé grand-chose. Ou alors solliciter des passants pour leur emprunter un accessoire technologique qui me permette d'accéder à mes données dans le cloud?
Brave fille, j'ai pourtant repris du poil de la bête. Racheté un billet de train. Appelé, depuis un café, le seul numéro que je connais par cœur (celui de mon mari) pour annoncer que j'étais injoignable de la journée. Trouvé un ordinateur connecté à l'Internet dans un hôtel pour récupérer mes lieux de rendez-vous, que j'ai noté sur un billet ( stylo!! papier!! Tellement vintage…) et demandé mon chemin dans la rue, plutôt que de suivre GoogleMap. Ouf, je témoigne, on peut survivre sans connexion permanente.
Je vais vous dire: une fois dissipé le premier moment de panique absolue, la journée s'est avérée d'une légèreté délectable. Un sentiment de flotter hors du calendrier. J'ai presque eu envie de m'éclipser au cinéma, comme ça, pour le plaisir, en plein jeudi après-midi, ni vue ni connue. Officiellement déclarée aux abonnés absents, pas une nouvelle n'est venue me distraire. Un imprévu au bureau? Zut, je ne l'ai pas su… Un frigo vide à ma maison? Mince, pas moyen de me prévenir. Le monde s'est débrouillé sans moi et moi fort bien sans lui.
Alors, en ces temps de vœux et de fête, je ne vous souhaite qu'une chose: que votre téléphone passe malencontreusement sous les roues d'une voiture. Ainsi délesté, vous allez être obligé de retrouver le goût de la liberté. Je vous jure que les boules du sapin seront plus brillantes et le chapon plus savoureux, sans rien qui menace de vibrer dans votre poche. Je vous souhaite une douce pause loin des radars!
(Bon, OK! Faites tout de même une sauvegarde de vos données, avant de jeter l'appareil sur la chaussée.)

Un garçon ou un hamster?


D'où sort donc cette nouvelle mode? Maintenant, que j'en ai vu un, j'en vois partout de ces très jeunes hommes à la chevelure exubérante. Des mèches aux épaules ou plus bas, volumineuses et ondulées - pour peu, on penserait au brushing de Farrah Fawcett, dans Drôles de Dames, sauf que la star de l'époque portait sa coiffure comme une parure, un trophée, un étendard. Elle rappelait ses cheveux à l'ordre dans un mouvement de tête bravache, prête à en découdre. Les adolescents d'aujourd'hui, eux, s'inspirent peut-être de la vague seventies qui submerge la mode, mais semblent bien timides par comparaison. On dirait qu'ils se cachent sous la masse. L'épaisse frange, rabattue sur un côté, ressemble à un rideau de théâtre, que l'on tire quand le spectacle est terminé. Circulez, rien à voir, je ne suis même pas là…
J'ai eu le temps d'observer l'un de ces jeunes et doux rebelles, l'autre jour dans le métro d'une capitale. Tout habillé de noir, il avait la tête velue comme un hamster angora et n'aurait pas dépareillé dans une vitrine de jouets pour Noël. Pelucheux comme un doudou, alluré comme une figurine de Manga, saison automne hiver 2015-2016. Il a passé trois arrêts à fourrager dans sa toison, se coiffant du bout des doigts, disposant les boucles en éventail sur son blouson et surtout, surtout!, ramenant consciencieusement sa frange sur les yeux. Un boulot à plein-temps, cette coiffure! Comme une permanente opération de camouflage. "No fear!" - nulle crainte - était-il écrit en jaune sur les reins de son jean, et on ne le croyait pas une seconde. Même en admettant qu'il soit très courageux dans l'âme, il était à l´évidence terrifié que sa création capillaire du matin ne s'écroule dans les courants d’air. Pendant que j'observais d'un œil mon garçon et sa dégaine de Pollux, le chien du Manège Enchanté, mon autre œil scannait la presse du jour. Et j'y lisais qu'un rapport sur les recherches Google entre 2013 et 2015 relève, pour la première fois, que les mots liés à la coiffures ont été plus souvent recherchés par des hommes que par des femmes. Mon instinct maternel n'a fait qu'un tour: quelqu'un a-t-il prévenu le garçon chevelu du métro? Et ses copains de partout? Rien qu'à imaginer toutes ces tignasses devant des assiettes de soupe, j'ai eu envie de leur conseiller de taper eux-aussi «chignon» ou «man bun» sur un moteur de recherche. Hé les petits mignons! Il existe une mode alternative pour les cheveux longs: celle qui consiste à cesser d’être une peluche et d’accepter de grandir.