09/05/2015

La paix des boutons

 

Je sens que mon prochain voyage à Paris va me donner des boutons… Je prévois en effet de faire un crochet par le Musée des arts décoratifs, qui présente actuellement une exposition nommée «Déboutonner la mode» (jusqu’au 19 juillet, ça devrait le faire). Il s’agit d’une collection exceptionnelle de 3000 boutons, dûment classée œuvre d’art d’intérêt patrimonial majeur, dont, par exemple, un modèle peint d’une miniature à la Fragonard ou un ensemble du XIXe siècle qui illustre les fables de la Fontaine. Comment appelle-t-on ces fous qui farfouillent les brocantes et les invendus d’usine à la recherche de ces petits disques bizarres et percés? Boutonophiles ou boutonophrènes?

Personnellement, je me réjouis de m’ébaubir de la délicatesse artistique de telles prouesses créatives sur une circonférence de moins de 7 centimètres, mais j’approche la chose avec la même méfiance fascinée que je manifeste dans un vivarium. Serpents ou boutons, même combat: je préfère ces beautés importunes enfermées dans une vitrine que proches de mon anatomie. Pour moi, un bouton est surtout un ennemi à soumettre. C’est qu’il est retors, l’accessoire de mercerie. Il y a le petit malin qui prend la grosse tête et refuse de passer par la boutonnière. Ou le taquin qui va se nicher dans le dos, à la hauteur de l’omoplate – pourquoi donc n’y a-t-il plus de femme de chambre? Et l’inconfortable, celui qui est cousu, en renfort, sur les instructions de lavage d’une chemise et finit sculpté en bas-relief sur la hanche, à force d’avoir été comprimé entre le jeans et la chair. Sans compter le velléitaire, qui pend si longtemps au bout de son fil sans vraiment lâcher, que l’on s’habitue à le voir ainsi et qu’on renonce à le recoudre. Mais – surprise… - il finit lui aussi par tomber. Que dire encore du coquet spectaculairement décoré? Celui-ci est toujours le premier à se faire la malle, laissant un manteau tout penaud, orphelin et dépareillé. Non, franchement, les boutons sont des bêtes à chagrin.

Sur un rayon tout au haut d’une armoire, je continue pourtant à remplir un carton de tous les boutons égarés de la maison, dans le vain espoir qu’ils ramèneront un jour à la vie une tenue qui aura perdu un des siens. Je crois qu’à ce jour, je n’ai jamais réussi à opérer ce miracle. Les boutons disparus n’ont simplement pas d’équivalent. Il faut alors changer toute la rangée et pour d’obscures raisons, le résultat est toujours un cran au-dessous du vêtement d’origine. La boite qui déborde a donc pour seule vocation d’incarner l’ampleur de mon désintérêt pour la chose domestique. C’est assez vexant…

La bonne nouvelle c’est que, depuis le temps, j’ai moi aussi assemblé de nombreuses centaines de boutons. Sans doute pas aussi beaux que ceux exposés à Paris, mais si quelqu’un veut monter une exposition anthropologique sur les agaceries du quotidien, ils sont à disposition.

 

01/05/2015

Entre primates

 

C’est reparti! Après un an de pause sans muscle bandé, ni cheveux gras en plein écran, ni crise de larme avec zoom sur les pattes d’oie, voilà que l’émission de téléréalité Koh Lanta embraye pour une nouvelle saison. Et ainsi meurent les vendredis soirs, avec une télévision à plein tubes et une bande de jeunes vautrés sur les canapés, accrochés sur les dossiers des fauteuils, voire suspendus au lustre. Une bande de babouins vociférant, avec des «Allez, go, Jeff! Yessss!» destinés aux bonhommes presque nus qui s’agitent en haute définition. Etrange face-à-face: à ma droite, le troupeau de singes domestiques; à ma gauche, le troupeau de singes dans leur jungle de pacotille (en Malaisie cette année) sur TF1. Qui crie le plus fort?

J’entretiens, moi, un rapport complétement ambivalent avec Koh Lanta. Je dis que je déteste – ce qui fait ricaner ma descendance, qui me demande pourquoi, dans ce cas, je suis sans cesse stationnée devant l’écran. En fait, il s’agit qu’une attraction-répulsion totalement addictive et j’en suis à me demander si ce n’est pas justement là que réside le secret de cette audience de près de 6 millions de curieux pour le premier épisode.

D’ordinaire, le vendredi soir se déroule ainsi: je commence par râler sur le ton de «Non mais, vous n’allez pas de nouveau regarder cette niaiserie?!» Puis, par un quelconque miracle de la téléportation, je me retrouve une demi-fesse posée sur un accoudoir (je ne fais que passer). Avec un truc à la main, pour faire alibi, comme par exemple un torchon et une casserole frais lavée (comme je disais: je ne fais que passer). Et me voilà en train de pester contre les travers de l’émission (à haute voix, naturellement, entre primates bagarreurs…). Et pourquoi donc les concurrentes-filles se livrent-elles aux épreuves les plus éprouvantes en mini bikinis, ventre à l’air, alors que les mecs sont couverts d’un bermuda jusqu’aux rotules? Est-ce que cela fait partie du contrat avec la société de production? Un autre aspect qui m’horripile est cette manie des participants de commenter le moindre de leur geste. Par exemple, Marie Anne, une bouteille à la main, va chercher de l’eau. Alors, elle regarde la caméra et dit : «Là, j’ai une bouteille et je vais chercher de l’eau. » Comme des sous-titres oraux pour lents d’esprit… Belle idée du téléspectateur! Mais surtout, quel cinéma de psychologie à deux balles ces gens peuvent se faire: et je saigne; et tu m’embrasses; et on se fait la gueule… Ils aurait dû faire acteurs de cinéma muet, tellement ils sont mélodramatiques. Au secours!

A ce stade, mes enfants en ont marre. D’autant qu’il sont déjà entendue la litanie la saison dernière. Alors ils me rappellent que je n’aime pas Koh Lanta et que la bibliothèque est remplie d’excellents livres, mmmh ?

Bon OK, mais si Christophe court le moindre risque de se faire éliminer, vous me prévenez illico !