06/04/2012

Le réveil de l’oie blanche

Trois fois en deux ans… Faut le faire! La semaine dernière donc, alors que les journaux, les écrans de télévision, les postes de radio égrainaient les chiffres de la petite criminalité à la hausse en Suisse romande, je me suis trouvée - encore! – devant ma voiture fracturée et mes minitrésors envolés. Variante sur la musique connue: exceptionnellement ce n’était pas la fenêtre, mais la serrure qui avait été massacrée. Aucune variante sur la musique connue: c’était à nouveau près d’une piste de jogging, à l’endroit où les gens s’arrêtent en sortant du bureau et partent d’un pied léger dans la forêt, avec juste leur clé de contact dans la pochette à zip, tout le reste de leurs possessions journalières dans l’auto, cette rassurante extension de la maison.

Parenthèse à l’attention de mon assurance: je vous jure, M’sieur, j’avais tout bien planqué…

A l’évidence, je suis une candide. Dire qu’il n’y a pas dix ans, je ne verrouillais ma voiture que les jours où je passais sous une échelle… J’ai appris à tourner la clé dans la serrure, mais ça ne suffit pas. Après m’être même fait voler un sac de sport pourri avec des chaussettes sales à l’intérieur (ça valait bien la vitre cassée!), je croyais avoir saisi: une voiture, c’est un grand vide, rien qui traîne nulle part, pas même une plaque de chocolat entamée. En bien non, toujours pas assez! Après ce troisième cambriolage à quatre roues, j’ai été jusqu’à inspecter ma carrosserie, à la recherche d’un éventuel message codé. Un signe cabalistique qui, pour les initiés, signifierait: «Ci dedans roule une oie blanche qui s’obstine à ne pas comprendre que sa basse-cour est envahie de renards, fouines et éperviers. Allez-y, self-service!» Je n’ai rien trouvé. Mais j’envisage sérieusement de faire installer un coffre-fort sous le siège arrière. Ou de racheter un blindé à l‘armée suisse?

Je ne suis pas restée longtemps rassérénée par mes bonnes résolutions. Le lendemain, dans le train, j’ai dû expliquer à la contrôleuse que je n’avais pas mon demi-tarif, vol d’hier… etc. Wow, nouvelle opération décilage! La dame m’a raconté de long en large tous les systèmes de vols en wagons. Mais j’en ai surtout retenu sa totale stupéfaction devant ces naifissimes qui vont aux toilettes en laissant leur ordinateur sur la tablette. Hum. Je n’ai pas osé lui avouer que je travaille systématiquement en déplacement et que je n’ai jamais eu l’idée de débrancher mon portable, de le ranger dans sa housse et de l’emmener faire pipi… D’autant que l’état du sol en ces lieux n’incite guère à y déposer ses petites affaires. Et puis, comment affronter le regard des voisins de compartiments qui vont forcément prendre ce déménagement de cinq minutes comme acte de défiance?

C’est bon, c’est bon, inutile de vous moquer: cette fois l’oie blanche a capté qu’elle vivait dans une jungle. Ça a mis le temps.

02/04/2012

J’ai dit: warf!

Depuis trois semaines, je m’entraîne assez sérieusement dans le parler chien. Pas le choix: avec le beau temps, je me suis remise à la course à pied. Les bourgeons, la tiédeur de l’air, les kilos de l’hiver et tout ce genre de choses. Visiblement, la population canine de la région a répondu au même appel fitness. Et voilà qu’à la tombée du jour, bipèdes et quadrupèdes trottinons de concert sur le même sentier de copeaux de bois qui serpente entre chênes, ronces et sureaux. Nous partageons raidillons et pulsations, plaisir et vapeurs, la seule différence c’est que, eux, ne portent pas de musique en écouteurs.

Je n’ai rien contre les chiens – tant qu’une distance raisonnable nous sépare. Mais le savent-ils seulement? Comme les toutous de la piste Vita font généralement leur jogging en solo (les maîtres se tiennent au bord de la voie, le sachet de plastique vert dans une main, la laisse pendouillant dans l’autre, et essaient des «Choupette?» vaguement inquiets qui se perdent dans la verdure ambiante), j’ai entrepris de dialoguer avec mes coéquipiers pantelants en direct. En autodidacte aussi, parce que je n’ai pas pris le temps de relire Stanley Coran, le gourou américain de l’expression canine. Bref, voilà ma technique: quand un chien arrive en sens inverse, je ne lâche pas sa rétine de la mienne et lui parle sec: «Dis donc, Médor, tu gardes ta droite, je garde la mienne, on se croise à 50 centimètres d’écart et on passe chacun son chemin sans se retourner. C’est clair?» Pour les grandes espèces, genre Berger des Pyrénées, cette autorité de cheffe de meute fonctionne à peu près et nous filons tous deux bien droit. Chacun sa trace, respect , dans cette belle collaboration humano-canine régulée par 31'000 ans de domestication mutuelle. C’est plus compliqué avec les toutous de poche. Allez donc établir un contact oculaire avec une serpillière qui jappe à hauteur de socquette et dont la frange couvre jusqu’à  la truffe. Il faudrait ramper pour se faire comprendre. Alors j’essaie de hausser le ton: «Warf, warf, on dégage le passage, siouplé!» Autant dire que la pelote poilue se trémousse avec une joie redoublée. Depuis le temps que je la croise, elle n’a toujours pas compris que je ne transporte pas de baballe. Comment dit-on «Arrête de baver sur mes baskets!» en bichonnais?

Si je peux me permettre d’exprimer un vœu printanier, je souhaite à tous les propriétaires de chiens d’éprouver, eux aussi, des envies de course, nez au vent. Je leur cède volontiers mes instants de tête-à-tête complice avec leur animal familier. Je suis une fille partageuse.