26/02/2018 15:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Panthère rose

Jusqu’à quel âge peut-on porter des chaussures roses? Jusqu’à peu, j’aurais hasardé quelque chose comme huit ans, cette période de l’enfance où les bambines se mettent à chercher des pustules d’acné sur le front en se rêvant grandes. C’est à peu près l’âge auquel ma nièce s’est révoltée contre les cadeaux à connotation princesse, contre les robes qui dansent, les plumiers décorés d’étoiles et les bijoux qui ressemblent à des bonbons.

Mais visiblement, tout est en train de muter dans les connotations affectives des couleurs. Peut-être est-ce dû à la chute généralisée du segment jouets profits des gadgets connectés? Au fait que les fillettes ne jouent plus à la poupée, jugée trop stéréotypée? Que les layettes modernes affichent des couleurs scrupuleusement neutres? Toujours est-il que le rose s’est échappé de l’univers de l’enfance, pour envelopper tout un chacun de sa douceur sucrée. Un peu comme le regret d’une innocence perdue?
Je repose donc la question des chaussures couleur dragée et je réponds sans hésiter: jusqu’à 102 ans, facile! Comme il y a du rose partout - en manteau, gants, chemise, pull-over, collants et même en kimono à volants inspiré du déshabillé des parfaites femmes d’intérieur des années 1960 - la manière la plus dynamique de porter cette guimauve est encore de la fouler aux pieds. En grandes enjambées sportives, s’il vous plaît. Ça tombe bien: on ne compte plus les baskets roses, dans les vitrines du printemps. Sur le chemin entre le bureau et la salle de fitness, je vois une paire à fleurs, une autre en soie genre soir, une troisième en veau velours avec des lacets mauve, et encore ce modèle imprimé de colibris ou cet autre en néoprène gainé de lanières à brillants. Plus kitsch, c’est impossible. Mais précisément sur cette outrance dégoulinante de mièvrerie que repose l’atout charme de ces pompes qui s’amusent. Et il y a aussi cet équipementier dont le logo représente un fauve bondissant : une collaboration récente avec le corps de ballet de New York a donné une ligne de chaussures de sport à l’esthétique chausson de danse, avec force satin poudré et rubans qui s’enroulent à la cheville. Rien qu’à regarder l’objet, on sent son pied s’envoler et sautiller au-dessus du macadam, en foulées félines. De la bonne humeur jusqu’au bout des orteils.
Moi je dis qu’en cet hiver qui s’éternise, s’enrhume et se grippe, il faudrait distribuer des chaussures roses sur prescription médicale.

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