29/01/2018 08:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pigeons des alpes

C’est beau, un train sous la neige. Ceux qui ont vu «le crime de L’Orient Express» au cinéma confirment l’âpre beauté des sommets blancs balayés par les bourrasques – impression d’autant plus spectaculaire qu’elle est vécue du compartiment douillet d’un wagon filant dans la montagne. Hé bien, ce n’est pas que du cinéma! Après tout, nous vivons au sein de la magie alpine, nous sommes nous dit cet hiver en famille, pourquoi laisser l’expérience aux seuls touristes venus du bout du monde? Nous voilà donc à bord du glacier Express, huit heures de paysage glacé entre Zermatt et Saint-Moritz. Grandioses visions, fauteuils cossus et déjeuner servi à la place.
Toute l’idée était de découvrir la Suisse autrement, du cœur de ces régions difficiles d’accès que l’on connaît surtout sur cartes postales. De voir de nos yeux ces prouesses d’ingénierie, où les ponts arrimés aux falaises relèvent davantage de l’art que de la planification ferroviaire. Or voilà que le contrôleur nous explique que le système audio est en panne, que l’on peut extraire de nos oreilles les écouteurs censés nous prodiguer les explications tout au long du parcours (nous étions au taquet: à peine installés, déjà en train de chercher le bon canal linguistique). Et zut! Comment faire, alors, pour comprendre le système des tunnels hélicoïdaux? Repérer le Piz Nair, de la chaîne de l’Albula au loin? Nous avons donc voyagé, un œil sur le panorama, l’autre sur l’écran du téléphone mobile, qui moulinait en cherchant les infos sur Internet, parmi ces sommets mal connectés. Quand la pile est morte, quelque part vers Thusis, nous avons abandonné: la seule prise disponible pour deux wagons rechargeait déjà la tablette d’une voyageuse américaine, aussi irritée que nous de voyager dans le bleu, au milieu de tout ce blanc. Du coup, nous avons raté le plus spectaculaire des viaducs, celui de Landwasser, jailli par surprise à la sortie d’un tunnel.
J’ai écrit à la société Mattherhorn Gothard Bahn, évidemment. Remerciant pour le confort, déplorant la panne et demandant quel dédommagement était envisageables pour les trois jours investis en équipée éducative un brin avortée, avec ce que cela induit de frais et de nuitées. Réponse aimable 10 jours plus tard: je devais me rassurer, lisais-je, car la panne était désormais réparée et de nouvelles installations électriques prévues pour le printemps 2019. Fort bien… et nous, alors?
Je m’attendais à quoi? Sans doute pas à un remboursement partiel, mais au moins une réduction pour un prochain voyage, non? Oubliez! Re-réponse 14 jours plus tard: je pouvais choisir un cadeau dans la boutique de souvenirs… Mon père avait déjà acheté la casquette à bord, ma belle-sœur la boule à neige, alors j’ai pris la bouteille de vin (espagnol!). C’était le seul article susceptible d’être partagé à six. Nous allons trinquer à l’excellence du service après-vente du tourisme helvétique.

Les commentaires sont fermés.