12/01/2018 11:03 | Lien permanent | Commentaires (0)

De l'étoffe, que diable!

Pour affronter les pentes blanches, j’ai acheté un nouveau pantalon de ski. Une chose couleur kaki, douce comme un duvet, légère comme un souffle, extensible comme un chewing-gum au soleil. Un rêve pour jambes en position de schuss (je sais, ce n’est plus comme ça qu’on skie, mais pour les guirlandes dans la poudreuse, ça passe aussi). Comme la petite folie coûtait une blinde, j’ai renoncé à la veste assortie. De retour à la maison, j’ai repensé à ce vieil anorak que ma fille ne porte plus (Eh! il n’y a aucune raison que les pillages d’armoire se passent à sens unique), dont la teinte pourrait jouer les dégradés. La pièce s’avère suffisamment démodée pour arborer un petit genre extravagant et, avec mon gilet gris-vert aussi, me voilà déguisée en plateau d’apéritif servi sur lattes, variations sur olives picholine, Lucques ou Manzanilla.
Outre mon amusement devant ces facéties dégustatoires, ce constat: au final, les vêtements vieillissent fort bien. Durant des décennies, l’industrie de la mode a tenté de nous faire gober que telle couleur n’était vraiment plus possible, telle coupe au-delà du ridicule passé sa saison de gloire. Or, dans l’actuelle offre pléthorique, où chaque marque se recentre sur son ADN et s’efforce de prouver son unicité, tout et n’importe quoi devient possible et stylé - pourvu que l’allure ait l’air d’avoir été construite exprès. Ça tombe bien: la vieille veste a traversé les ans sans signe d’obsolescence majeur, jusqu’à la matière, certes moins technologiquement performante que les tissus actuels, mais somme toute suffisamment chaude et protectrice. Seuls signes d’antan: le petit mousqueton intégré au bout d’un élastique, qui servait à arrimer les abonnements de ski de jadis, ceux qu’il fallait insérer dans la machine à chaque portique de téléski. Et la poche intérieure prévue pour le téléphone mobile avait été conçue pour ces tout petits appareils pliables très étroits, comme celui dont même ma maman vient de se séparer (madame est antiquaire?). Pas moyen d’y faire entrer le joujou actuel qui me sert d’annexe de cerveau et qui a rejoint une autre poche.
Téléphone, justement! Tandis que la vieille veste s’ébattait joyeusement dans son retour à la vie, mon appareil de communication s’éteignait piteusement, mort de froid. J’aime assez la parabole: le textile est désormais plus pérenne que la technologie. Fragile tissu, belle étoffe dont sont cousus les rêves, je crois en toi.

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