16/12/2017 17:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

Sapin de compagnie

Il aurait pu s'appeler Oscar. Ou Auguste. Mais non: cette année, il c’est simplement Sapin, nom de famille: Nordmann. Oh, nous nous occupons de lui avec la bienveillance attentive digne de chaque être vivant. Nous lui donnons à boire régulièrement; nous le nourrissons d’amour et de biscuits à la cannelle, nous l’entourons de guirlandes et de douces pensées… Mais bon, après un temps passé ensemble, en début janvier, nous lui dirons adieu et chacun repartira vivre sa vie, nous assis à des bureaux, lui dressé dans sa pépinière. Il ne s’agit donc pas vraiment d’un sapin adopté, juste d’un sapin en pension, un peu comme un hôte dans un bed & breakfast.

 

Il aurait pu s’appeler O

On voit bien le principe: il y a déjà une dinde farcie sur la table de fête, inutile d’en rajouter avec un cadavre supplémentaire, cet arbre mort répandant ses aiguilles sur la moquette, comme autant de larmes qu’il aurait aimé verser avant le coup de hache. Un sapin en pot, qui retourne au grand air après services rendus au petit Jésus, offre une belle conscience écologique, alors qu’un virgule deux millions de ses congénères périssent chaque décembre en Suisse. Et en plus – joie! – il y a moins à nettoyer après le passage du conifère.

Mais la dernière tendance en la matière va plus loin que le simple invité avec sa motte: la maisonnée peut désormais s’attacher à un sapin, comme à nouveau membre de la famille. Vous choisissez votre chien au chenil? Allez donc lier connaissance avec un arbre dans la nature, avant de le recevoir à la maison en fin d’année. Le service n’est pas (encore?) disponible en Suisse romande, c’est pourquoi j’ai dû renoncer à Oscar, le mignon petit épicéa de 3 ans, repéré sur Internet. La notule de présentation ne précisait pas si, à l’instar d’un chiot, il était suffisamment bien élevé pour ne pas se répandre partout. En revanche, comme quand le néophyte s’amourache d’un bébé St-Bernard, l’éleveur relevait bien que si la plante actuelle affichait 70 centimètres à la pointe, elle allait grandir de 10 centimètres par an et s’élargir des branches. Il faut donc que l’environnement construit tienne le choc. Je me voyais déjà louer une cathédrale dans vongt-cinq ans pour accueillir dignement mon Oscar dans la splendeur de sa solide jeunesse. Et l’été? Peut-être aurait-on pu aller enlacer Oscar chez son sapiniste, caresser l’écorce rugueuse en lui chantonnant «Voici Noël» pour le faire patienter.

Tant pis pour l’investissement affectif! Mon sapin de l’année, très vivant mais parfaitement anonyme, ploie sous ses bijoux d’argent et je renonce à le baptiser. Je vais garder les petits noms doux pour les humains que j’aime. Beau Noël à vous, lecteurs de mon cœur.

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