24/11/2017 10:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Saleté de glandes

Cela aurait pu être un film horripilant, tant il charrie de clichés fatigants. Pour résumer, dans la comédie de mœurs «Jalouse» (de David et Stéphane Foenkinos), le spectateur rencontre cinq femmes dans les rôles-clés et une seule (la copine fidèle) est à peu près fréquentable. À part elle, sur l’écran, vous faites la connaissance d’une héroïne complètement barjo qui engueule son monde en permanence et ne parvient pas à noyer son aigreur dans les cocktails sans fond qu'elle s'envoie. Sa fille de 18 ans fait le Calimero et grignote une demi-graine par repas pour être en forme en vue de son concours de danse, tandis que la nouvelle femme du mari de la première (donc belle-mère de la seconde), jeune dinde aux airs inspirés, profère gravement des vérités philosophiques puisées dans les séries télé. Ah oui! Et une prof tête à claques espère convaincre son monde à coup de sourires et de mèches qui frisent. Voilà, voilà… elle est belle la féminité: toutes des givrées qui se crêpent le chignon. Vous voulez plus sexiste encore? Il y a! Si la mégère vire insupportable, c'est parce que… Allons, un petit effort d'imagination! Non, raté: ce n'est pas parce qu'elle a ses règles. On serait plutôt dans le cas de figure inverse: elle est poison parce qu'elle ne va bientôt plus les avoir. Dans le film, on se réfère à cette période de vie en parlant de «transit» - c'est élégant, cette analogie au système digestif ou au no (wo) man's land des aéroports où les voyageurs errent entre deux destinations. Bref, ragnagnas ou ménopause, le message est clair: pas étonnant qu’elles débloquent, ces malheureuses nanas, avec toutes ces hormones qui leur montent au cerveau… Et vous, ça va, les glandes surrénales? Les bras m'en tombent! (Les autres organes tiennent, merci!)

Et pourtant! Par la magie cinématographique et le talent de Karine Viard, il se produit comme un prodige d'inversion de sens. Au-delà des stéréotypes éculés, la comédienne offre une magnifique démonstration de confiance en soi et de force. Elle a 51 ans dans la vraie vie, la même chose à l’écran, et elle porte son rôle avec une splendeur combative. Belle et fière, même quand elle trébuche. Le corps n’a plus 20 ans, et alors? Elle l’habite avec une intensité jubilatoire. Son visage aussi vit et vibre, en gros plan s’il vous plaît, rides incluses, comme l’étendard assumé d’une histoire unique. Je n’en reviens pas d’avoir finalement trouvé un flamboiement féministe à un script qui parle de la ménopause comme d’une maladie des nerfs.

 

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