17/11/2017 17:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le stress du samedi soir

 

Il faut évidemment aller voir Le Sens de la Fête, le dernier film du duo Olivier Nakache et Eric Tolenado, où Jean-Pierre Bacri joue le grand organisateur de fêtes de mariage, sans cesse freiné par les vents contraires. Mais ne laissez personne vous persuader qu'il s'agit d'une comédie. C'est cette grande méprise qui m'a poussée au cinéma un soir du week-end dernier. Je m'apprêtais à passer un moment de douceur joyeuse. Tu parles! Je suis ressortie de là, l'âme essorée et les nerfs noués en scoubidou, aussi tendue qu'après le visionnement d'un policier à suspens. Certes, on rit souvent, mais de ce rire un peu nerveux de qui ferait peut-être mieux de pleurer.

D'abord, sur quel ton ils se parlent, ces gens à l’écran? La bande-son vomit des hurlements et des insultes, des ordres en aboyé et des grognements exaspérés: on se croirait en entreprise, durant la période de validation des budgets. Faut-il se polluer les oreilles ainsi sur son temps libre? Et le timing, bon sang! L'équipe de service se pointe dans le château prévu pour la fête en début d'après-midi, la bouche en cœur: je veux bien admettre qu’il s’agit de professionnels, mais franchement, j'aurais pris un peu de marge pour avoir le temps de dresser les tables. Alors quand ils s’assoient pour dîner dans l'arrière-salle sur le coup de 18 h 55 (annoncés à l'écran), moi je frétille sur des charbons ardents plutôt que de me lover dans mon fauteuil de velours: quoi, cuisiniers et serveurs vont se mettre à manger maintenant? Ils sont attendus pour quelle heure, les invités de la noce?

Je sais, je sais: le cinéma est un art du faux-semblant, le spectateur n’est pas censé se croire sur l'écran. Or quand le film est bon, il est difficile de rester dehors. Ce qui m'a achevé, c'est la scène où le photographe officiel cadre les frais mariés pour le portrait de circonstance trépieds, lumières et fleurs en arrière-plan. Dans son dos, profitant de la mise en scène, toute la foule des invités mitraille, chacun avec son téléphone mobile, pour capter exactement la même image. Rien qu'à imaginer les centaines de photos pas-identiques-mais-presque qu'un malheureux préposé à l'album va devoir trier, en agrandissant à chaque fois pour vérifier la direction des regards, j'en ai une vraie boule au ventre, comme si je devais me coller à ce boulot moi-même.

Pour me remettre, je suis allée manger des pâtes carbonata en sortant du cinéma: il me fallait un vrai remontant, bien rassurant et apaisant pour tasser mes angoisses existentielles. Merci au cinéma de bien vouloir nous épargner le même stress que dans la vraie vie. Emportez-nous au loin, plutôt que de nous infliger notre trivialité au carré.

 

Les commentaires sont fermés.