23/10/2017 18:01 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le cadeau de la méduse

Parmi les nombreux mystères que l’existence nous réserve, il en est un qui me laisse perplexe de manière récurrente, soit à chaque fois que je pénètre dans une salle de bains d’hôtel: à quoi peut, bon sang de bonsoir, servir un bonnet de douche? Ma profession de journaliste (merci la vie!) implique des déplacements fréquents, notamment pour aller rencontrer diverses personnalités. Lesdites personnalités vivent souvent en concentration dans les capitales et les horaires qu’ils proposent peuvent ne pas être compatibles avec un aller-retour en un seul jour. Et comme il n’y a pas besoin de vous faire un dessin sur les moyens que la presse investit dans les notes de frais de ses collaborateurs, je suis assez à jour sur les facilités proposées par les chambrettes en semi-sous-sol, avec vue sur les mollets des passants à travers le soupirail (il y en a une exquise, dans ce style, tout près de la gare de Milan – je recommande!). Bref, mon constat est le suivant: le seul point commun entre le plus somptueux des palaces et le dernier des bouis-bouis, c’est que partout on offre un bonnet de douche au client. Et il s’agit à peu près du même: une méchante chose en feuille de plastique transparent, avec un élastique. Dans le haut de gamme, il est présenté dans un coffret en laque noire; dans l’économique, on le voit plié dans une pochette, comme une méduse asséchée. Mais il est toujours là.

Pourtant, la robinetterie contemporaine permet des jets de douche assez faciles à orienter et il ne faut donc pas nécessairement être contorsionniste de cirque pour éviter de se mouiller les cheveux. Car c’est bien à cela que sert ce drôle d’accessoire qui fait ressembler tout le monde à un chirurgien sur le point d’entrer en salle d’opération? A protéger son brushing, n’est-ce pas? On peut bien sûr avoir peur de déclencher par mégarde la douche sous le mode «pluie tropicale» - mais bon, avec une trombe d’eau sur l’occiput, le malheureux petit film ne saura pas sauver grand-chose. Et ce brushing…? Qui en porte un assez coriace pour résister à l’écrasement du bonnet? Dans chaque salle de bains de passage, je tourne et retourne entre les doigts cette ridicule coiffe molle, en pensant à ces dames d’antan, qui allaient chez leur coiffeur une fois par semaine et bataillaient pour maintenir l’édifice en place entre deux rendez-vous. Il n’y a qu’elles que je visualise avec ce tue-la-joie sur la tête. Mais je dois manquer d’imagination. Peut-être y a-t-il là des possibilités qui m’échappent: tout un univers fétichiste de plaisirs alternatifs? Des rituels de beauté innovants? Des activités de bricolage? Un conditionnement de sandwich?

Une chose me semble acquise: le bonnet de douche incarne l’idée même du cadeau pas cher que l’hôtel dispense avec plaisir. Il est là, à disposition, comme un bel acte gratuit, au même titre que la savonnette ou (parfois) la lime à ongle. Sauf que le bonnet, personne ne le pique jamais, et il reste éternellement offert aux voyageurs qui se succèdent.

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