16/10/2017 14:09 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon presque mouton et moi

Devant le miroir de la salle de bains, les potions s'alignent. Crème hydratante, anti-rides, un truc à billes pour les yeux, un pot à pompe pour le corps. Dans la torpeur cotonneuse des petits matins, j'y vais presque à tâtons, danse des potions magiques: des fois que ça marcherait, je n'aimerais pas passer à côté de l'aubaine. Sauf que ça devient de plus en plus compliqué et il s'agit de ne pas se fourvoyer de petit pot. Il y a aujourd'hui des crèmes de beauté pour les dents, des masques douceur pour les cheveux, des sérums pour les ongles, des irrigateurs de cuticules, des renforçateurs de cils, des onguents spéciaux pour le cou, d'autres encore pour le décolleté - hé, à chacun son principe actif! À ma connaissance, il n'y a guère que les oreilles à ne pas bénéficier de  soins idoines, mais je suis prête à parier qu'un assouplisseur de lobes est en préparation quelque part, dans le plus grand secret, au fond d'un laboratoire qui promet lune, bonheur et beauté à celles sauront parfaire leur esthétique auriculaire. Il faudrait d'ailleurs sérieusement revisiter l'architecture des salles d'eau - en agrandissant les locaux et en intégrant les réfrigérateurs pour produits frais, s'il vous plaît - si on veut trouver un moyen ranger un peu tout ce bazar.

Bref, c'est donc dans ce contexte de surabondance que débarque une nouvelle vision de beauté, sans paraben, sans conservateurs, sans rien de vilain: les soins pour pull-overs. Oui, moi, aussi j'ai lu l'étiquette deux fois avant de comprendre l'idée... surtout que le flacon ressemble à s'y méprendre aux contenant des cosmétiques à fleu-fleurs. Un peu plus, je me serais tartiné du gel lessive sur le bout du nez. Voilà donc que les produits de lavage – que l’on avait l’habitude d’acheter en bonbonne géante aux couleurs criarde – se piquent d’ambiance raffinée et jouent les hydratants douceur. Sans doute la laine - à l'instar de la joyeuse chèvre, du doux mouton de mérinos qui l'a portée avant nous - est-elle désormais considérée comme une matière vivante, méritant à ce titre toutes les faveurs. Un peu comme une suggestion d’animal domestique? Vivent donc les shampoings cachemire à l'huile de coco, les soins pour le linge à la fleur d'oranger, les baume jeunesse du cuir.

Je suis de nature plutôt partageuse. Je veux bien que l’homme tape discrètement dans mon sublimateur de teint. J’accepte que les enfants chipent mon shampoing réparateur. Mais je ne suis pas certaine de vouloir jouer, peau pour peau, poil pour poil, dans la même ligue que mes amis velus du fond de l'armoire.




Les commentaires sont fermés.