16/10/2017 14:09 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des papillons aux pieds

 

Comme souvent durant la fashionweek de Paris, il m'arrive de faire un saut dans un grand magasin, entre deux défilés débridés, juste pour me remettre la tête à l'endroit et me rappeler ce que les vraies humaines se mettent sur le dos quand elles ne se déhanchent pas sur un podium. Mal m'en a pris, cette année! Sur les présentoirs pendaient des délires très analogues à ceux que les créateurs inventent pour faire le buzz sur Instagram. Des ruchés, des plissés métallisés, des imprimés heurtés, des tutus, des oursons brodés… Question: quelqu'un est-il en train d'organiser un goûter déguisé pour grands enfants?

J'en étais là dans mes ronchonnements désabusés, quand je me suis trouvée nez à nez avec un mannequin en tenue de sport, posant sur un de ces appareils de fitness prévus pour renforcer les abdos. Minute, papillon! Nous sommes donc à l'étage mode de l'un des magasins les plus mode, de la ville la plus mode, durant la semaine la plus mode de l'année… et que montre-t-on aux clients? Des leggings et des T-shirts conçus pour que l'on sue dedans. Si ce n'est pas un symbole de temps qui changent, je suis prête à renforcer mon entraînement fractionné en guise d'expiation…

Reprenons. Depuis quelques saisons, les experts glosent sur l'esprit street et sport qui influence la mode. Cela se traduit par des baskets aux pieds avec tout, y compris des robes du soir, ou des pulls à capuches sous le veston. Mais ce n'est pas le propos en l'occurrence. Là, dans le saint des saints de la planète mode, les clientes se pâment devant des leggings de courses imprimés de paysages, des shorts d'athlétisme lacérés au laser, des trainings signés par des stars et customisés de rubans. Sans compter les accessoires: gants de boxe roses, haltères rayés, corde à sauter fluo, gourdes gainées de latex… il y en avait tout un étage, de cet univers qui bouge hype. Et moi, c'est bien la première fois que je pars regarder des robes pour finalement rêvasser devant un tapis de yoga à damiers colorés…

En fait l'équation est assez simple. Les marques de sport historiques - avec bandes sur le côté, coq ou virgule - en ont visiblement marre de se faire dévaliser les idées et se vengent en détourant à leur tour les codes de la mode pour leurs propres lignes. C'est plus que malin. Autant un être normal hésite à assumer une tenue extravagante à la journée - mettons une culotte à volants sous un treillis militaire, par exemple - autant il est assez simple d'enfiler des leggings à papillons et abeilles (si, si, j'ai vu cela…) pour courir autour du parc. Après tout, on est là pour devenir tout rouge, échevelé et détrempé, on est ridicule en sautillant sur place à l'échauffement: clairement pas un moment pour remettre les oscars de l'élégance. Alors, amusons-nous!

Voyons voir: pour mon jogging du soir, un leggings orange comme le coucher du soleil ou plutôt un imprimé de jungle peuplée de cacatoès? J'hésite aussi à me mettre au tennis: j'ai vu de si jolies robes…

 

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