16/10/2017 14:08 | Lien permanent | Commentaires (0)

Comme une gamine

 

Le sac à main était là, à dix centimètres de mes doigts, mais totalement inatteignable, emprisonné dans l’habitacle de la voiture. Les yeux effarés, les mains à plat sur la vitre, je contemplais, sur le siège arrière, ce cabas bourré de toute ma vie, de la carte de crédit à celle d’identité, en passant par le téléphone mobile et les clés. Y compris celle de la voiture, naturellement. Noooon! Ne me dites pas que j’ai tout enfermé à l’intérieur… C’est fou ce que l’on se sent bête devant les projets d’après-midi qui s’écroulent soudain.

Voilà ce qui arrive avec ces nouvelles portes, qui se commandent avec des clés de contact, plutôt qu’avec cette bonne vieille tige de métal dentelée à insérer physiquement dans la serrure. On finit toujours par verrouiller étourdiment la portière, alors que la clé est à l’intérieur, petit galet de plastique égaré loin de la main… Enfin: quand je dis «on», c’est un féminin qu’il faudrait entendre. Les femmes en effet, sont pénalisées par leur manie à transporter leurs biens en vrac sur une épaule. Les hommes, eux, gardent tout sur eux. Dès lors, il leur est difficile, même aux distraits, d’oublier une poche dans la voiture, alors qu’ils s’en sont extraits… Bref. Quand ce type de mésaventure survient, normalement, on hausse les épaules et on va chercher la clé de secours. Or, dans mon cas, celle-ci est officiellement portée disparue, ensevelie par les strates de vêtements du membre le plus désordonné de la maisonnée (je sais: cette chambre est pour moi une douleur constante, un cuisant échec éducatif). C’est fou ce que l’on se sent petit devant une voiture qui refuse de s’ouvrir.

Une heure plus tard, le dépanneur de permanence (c’était un week-end, évidemment) était là, hilare. Il expliquait que des voitures pareilles, ma petite dame, il en ouvre quinze à la douzaine, pas un modèle qui lui résiste. Et avec ces nouvelles clés, ça arrive tout le temps (qu’est-ce que je vous disais ?). Pendant qu’il introduisait un fil de fer par le joint de la portière, il nous demandait, à l’homme et à moi, qui des deux était responsable de la situation. Visiblement, il avait l’habitude de gérer cette intervention dans les éclats d’une scène de ménage et quelques sons aigus auraient égayé son après-midi. Nous ne lui avons pas fait ce plaisir, assumant à peu près dignement une mauvaise coordination familiale, où chacun actionne le loquet à peu près simultanément, verrouillant ce que l’autre vient d’ouvrir. C’est fou ce que l’on se sent nul devant un conseiller, pas même conjugal.

Je crois que je vais passer à l’action et acheter un beau cordon coloré. Tant pis pour mes colifichets usuels: il est temps de réinventer le concept de clé autour du cou. C’est fou ce que l’on se sent piteux en réalisant que l’on n’a pas grandi.

Les commentaires sont fermés.