26/09/2017 11:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une folle à pieds rouges

 

Elles sont zippées devant, lacées à travers des œillets dorés, pointues ou ouvertes sur le gros orteil, parfois cavalières, parfois chaussettes. Peu importent ces détails de finition. Le coup de cœur est ailleurs: toutes ces bottes aperçues en défilé sont rouges. Tomate, coquelicot, coccinelle ou lèvres à embrasser. Valentino, Fendi, Balenciaga et j'en passe. On commence d'ailleurs à voir leurs copines plus modestement tarifées arriver dans les boutiques du centre-ville. Je les regarde et j'en arrive presque à souhaiter novembre: un tibia haut en couleur pour fendre le gris.

Évidemment, une botte peut être de n'importe quelle teinte. Théoriquement. Or, dans les faits, contrairement aux sacs à main, sandales et autre frivolités de cuir, la botte s'est surtout attachée à ses valeurs terriennes, avec des nuances raisonnables de brun et fauve, de gris et noir, assorties au sol qu'elle foule. Le rouge bottier est une aberration, une libération. C'est la jambe tout entière qui flamboie. Et bien dansez, maintenant!

J'ai souvenir de ce passage de DH Lawrence, dans «L'Amant de Lady Chatterley», un roman lu et relu, adoré et re-adoré du temps de mes vingt ans, qui postulait que les gens seraient plus heureux, s'ils osaient porter des pantalons rouges: ils jetteraient alors un regard joyeux et fier sur leurs jambes et apprendraient «à vivre, à vivre en beauté». J'ai toujours gardé une nostalgie de cette couleur trop voyante, presque vulgaire, mais tellement puissante et jubilatoire. Nous ne sommes plus des mineurs se tuant à la tâche au début de l'ère industrielle, tels que décrits en littérature anglaise, mais aucun coup d'éclat n'est de trop pour se coller le sourire et allonger sa foulée.

Il existe un oiseau marin et pêcheur, sur de lointaines îles tropicales, qui s'appelle fou à pattes rouges. Je ne sais pas si c'est une espèce heureuse, mais dans tous les cas, elle n'est pas menacée - c'est déjà ça. Voilà la preuve d'un tonus certain. Outre les pattes écarlates et palmées, ce fou-là arbore un bec bleu ciel et rose, comme un délicat maquillage facial. Il a tout compris à l'art de la chromothérapie. On fait comme lui ?

 

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