26/09/2017 11:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

En quête de jus

 

De nouvelles vitrines avec les vêtements d’automne? Des vendeuses souriantes de toutes leurs 32 dents? Des sofas qui invitent à l’assoupissement? Des tables comme au bistrot pour boire le café? Pffff, vous n’y êtes pas! Dans la panoplie de stratégies que les magasins déploient pour attirer le chaland, en notre ère d’achats en ligne, je n’en ai repéré qu’une seule redoutable d’efficacité. Je veux parler de l’hôpital à smartphone. Le quoi? Mais si: cette grande borne USB qui permet de recharger son téléphone. Le meuble trône comme un monument au centre du rayon, avec de jolis casiers douillets où enfermer (avec un code) son doudou à bout de souffle. J’en ai vu un dans une grande enseigne de vêtements, à Paris: je vous jure que les passants s’engouffraient dans le magasin avec cette mine soulagée de qui avait enfin trouvé son Graal. Et du coup, que faire pendant que le mobile patraque reprend des forces, tète sa dose d’électricité comme un nourrisson suspendu à son biberon? Et bien, le propriétaire, soudain les mains et l’esprit libres (incroyable…), essaie des nippes! Puis d’autres, puisqu’on a le temps… Et finalement, pourquoi ne pas acheter cette jupe dont on ne savait pas, il y a dix minutes, qu’elle pourrait faire envie?

Sur le plan du capital sympathie, le commerce qui investit dans une borne à recharge ne peut pas faire faux. L’humain trop souvent à plat d’aujourd’hui lui rend grâce et invoque sur lui toutes les bénédictions des divinités électroniques. A contrario, j’ai rarement senti autant de hargne dans l’air que l’autre jour, au terminal 2 de l’aéroport de Nice. J’avais fait le voyage dans la journée pour une interview et (avion du soir très en retard) je voulais commencer à rédiger mon texte. Comme il se doit, mon appareil était au bout de sa batterie et moi au bout de ma vie, errant entre les rangées de sièges à la recherche d’un courant salvateur. En levant les yeux des plinthes au ras du sol, j’ai vu que nous étions une cohorte ainsi: mines blafardes de désespérés, fil USB en main, comme des sourciers en quête de flux vital. D’aucuns tripotaient leur clavier, assis à même le carrelage, en train de recharger à la sauvage. D’autres tournaient autour du seul distributeur officiel, visiblement surconvoîté. Certains tentaient encore de soudoyer les employés des bars: il devait bien y avoir un petit flux de jus quelque part, non? Je me suis cru maligne en filant vers les toilettes: mince, je n’étais pas la première! Maintenant, il y a non seulement une file pipi, mais aussi une file électricité…

Cela pour dire qu’une connexion sécurisée suffit parfois à rendre son prochain heureux. En lui permettant de recharger cet accessoire qui le lie au monde, mais aussi en lui offrant une plage de liberté hors écran. Son précieux appareil pris en charge, en pleine phase de renaissance, l’homme peut enfin redresser le dos et regarder autour de lui. Souhaitons nous de découvrir alors d’autres joies que celles du shopping.

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