02/09/2017

Cousu de fil blanc

Depuis que le livre est sorti, ça n’arrête plus: «Et si les cheveux blancs étaient à la mode?» (Le Parisien), «Jouissive et libératoire mue» (24 heures), «Mes cheveux blancs? Splendides!» (Nouvel Obs), «Assumer ses cheveux blancs» (L’Express). La journaliste de mode parisienne Sophie Fontanel, 53 ans, ancienne d’Elle et aujourd’hui chroniqueuse et tendanceuse, raconte donc dans une sorte de roman personnel comment elle s’est redécouverte, depuis qu’elle a arrêté la teinture il a trois ans: «Une apparition» (Ed. Robert Laffont). Je vous la fais courte: il y est question de beauté supplémentaire, de sentiment de puissance, de noblesse apprivoisée, de jubilation à se libérer des idées reçues.

Je vous la fais courte (bis): je n’y crois pas une seconde. Je la regarde raconter sa fête intérieure en vidéo, je lis ses superlatifs, j’écoute sa voix qui vibre tant elle a envie de convaincre… et je me dis que tout cela est cousu de cheveux blancs,  une mise en scène émotionnelle du nouveau culte de l’acceptation. Il y a une chose dont je suis certaine: ce n’est pas demain la veille que je vais rompre avec mon coloriste. En théorie, évidemment, l’idée est tout à fait séduisante, avec son emballage féministe du je-m’aime-telle-que-je-suis. Et d’un pur point de vue économique, qui ne serait pas ravi de faire l’impasse sur les huit rendez-vous annuels de remise en tête? Mais il ne faut pas me prendre pour une pive: le gris tel qu’il pousse est rarement beau. Et avec  ladite Sophie F. (je m’en voudrais de la heurter, n’allez rien lui répéter), on ne doit pas partager la même définition de ce que «splendeur» signifie. Les mèches platine qui en jettent, ce sont celles que portent les stars du rock – et, dans la plupart des cas, celles-ci ont bénéficié d’artistiques apprêts pour refléter la lumière juste comme il faut. Pour le reste, la nature n’est  - hélas ! - pas souvent charitable. Une mienne amie avait essayé: quand elle a vu le ternouille qui émergeait sur sa tête, elle est retournée dare-dare chez le coiffeur. Quant à feue ma grand-mère, elle passait ses cheveux blancs à une sorte de rinçage bleuté, comme cela se faisait, il y a quelques décennies. Sa chevelure affichait une jolie homogénéité –à l’exception d’une mèche jaune sur la tempe qui virait régulièrement en vert fluo. Peu de splendeur  là-dedans (mais certes une certain sens de l’espièglerie).

Faut-il forcément, toujours, vénérer le naturel? Mille manifestations corporelles, certes normales, n’ont rien de particulièrement glorieux. Quid des crottes de nez et autres rognures d’ongle? Faut-il les brandir en symboles d’amour de soi? Je sais, ça sonne un brin suranné, mais je soutiens qu’à juste dosage, l’artifice n’est pas une maladie honteuse. Outre la possible teinture, un brin de maquillage, une couche de vernis à ongles, un passage à la pince à épiler me paraissent autant de signes de respect – des autres comme de soi-même. Une manière de se tenir droit plutôt qu’avachi dans les petites luttes du quotidien.