17/06/2017 14:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une dose de grand bleu

Alors oui: on peut admettre qu’il  il s’agit bien d’une piscine. Assise sur un rebord de pierre, les orteils dans l’eau chlorée, je peux confirmer que le bassin répond stricto sensu à la définition. Reste que, moi qui ai prévu bonnet hydrodynamique et lunettes de natation, je peux ranger mon matériel sportif. Aligner des traversées là-dedans revient à faire des culbutes dans le tambour d’une machine à laver le linge. Avez-vous remarqué que les sites de réservation d’hôtels ne mentionnent JAMAIS la dimension des piscines? Alors on se fie aux photos…

Ah, les photos des bassins bleus! Tout un poème… Cette couleur mythique du ciel de l’eau! Rien qu’à plonger les yeux dans une image de piscine et c’est l’esprit de l’été qui se met à couler à grands flots joyeux. On s’y voit déjà, avec le cocktail à petit palmier brillant dans le verre, le parasol qui chuinte dans la brise, le soleil accroché au zénith. C’est bien sûr pour cela que les hôtels mettent en avant leur piscine: ce carré d’azur alpague l’estivant comme le foulard rouge attire le taureau. On a beau flairer le piège, c’est irrésistible. Voilà pourquoi la photo de piscine relève d’un art consommé: il y faut un virtuose de la perspective… Dans le cas de mon hôtel de Bilbao, l’image online montre un bassin avec une vue splendide sur la ville et la rivière. Avec un brin d’optimisme, le voyageur en partance se plaît à imaginer un jardin sur le toit, et comme la description évoque une «semi outdoor heated pool», on imagine que la partie visible n’est que celle de l’extérieur et on la double mentalement pour celle qui serait sous toit. Nenni, évidemment! L’expression «semi-couvert» indique simplement que la piscine est insérée entre deux étages, dans l’espace normalement dévolu à une chambre. Voilà pour les envies de grand bleu.

Pas grave, le reste de l’établissement répond à toutes les promesses d’un week-end en ville. Mais je me plais à imaginer les acrobaties du photographe pour parvenir à donner l’illusion de grandeur là où il n’y a en somme qu’un grosse baignoire encastrée. J’imagine l’objectif de l’appareil au ras du sol pour augmenter la surface liquide, le cadrage minutieux pour saisir toute l’eau mais en omettant de justesse le rebord, afin de suggérer une continuité qui n’existe guère sur place. Règle de base: si vous ne voyez que trois côtés de piscine sur un cliché (ou pire: juste deux avec un angle), méfiez-vous. Quelqu’un essaie de tricher avec la taille…

Alors, pour cet été qui commence, je vous souhaite des rêves profonds et bleus, quelle que soit la  piscine – ou  la mer, soyons fous! – que vous côtoierez. J’ai hâte de vous retrouver à la rentrée – même endroit, même jour, même heure – avec de doux clapotis plein les yeux.

 

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