27/05/2017 10:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon âme dans un sac

La revoilà! La grande prêtresse de la simplicité a commis un nouvel ouvrage, encore plus mortifiant que les précédents… Mais si, vous voyez de qui je veux parler: Dominique Loreau, cette Française établie au Japon depuis les années 1970, qui a découvert là-bas l’art subtil de vivre mieux avec trois fois rien et qui tente dès lors de nous convertir aux joies du désencombrement. Elle nous a déjà imposé le tri zen des garde-robes débordant, celui des tiroirs de la cuisine, des produits dans la salle de bains, puis elle a enchaîné avec le plaisir des dépenses frugales, la plénitude intérieure d’un appartement bien rangé et autres éloges de l’infiniment peu. C’est à chaque fois pareil: on lit, on trouve que, théoriquement, elle a assez raison, on décide d’adopter – toujours théoriquement - la méthode des listes d’indispensables… et on se retrouve trois semaines plus tard avec le même bazar qu’auparavant. Avec juste le sentiment de culpabilité en plus, parce qu’entre-temps, on est censé avoir été éclairé par sa lumière.

Son dernier méfait, donc: «Mon sac, reflet de mon âme» (Ed. Flammarion). Mon conseil: si vous êtes une femme et que votre sac pèse plus de 400 grammes, en librairie, contournez soigneusement le rayon «vie pratique» pour ne surtout pas tomber sur ce bouquin. Les questionnements existentiels qu’il soulève sont un désastre: avez-vous trouvé le sac de votre vie? Le videz-vous chaque soir avec amour pour en contempler les trésors? Organisez-vous son contenu en modules? Le posez-vous toujours sur une surface propre? Il y en a 180 pages comme ça et mes réponses personnelles sont «non», «non» et toujours «non». Je possède des cabas, pochettes et autres musettes de toutes les formes et couleurs possibles et chacun d’eux contient de quoi tenir 5 jours en terre inconnue. Y compris, parfois, une barre de chocolat fondu vieille de six mois ou trois paires de lunettes à soleil si je veux avoir le choix. Je sais que mon épaule gauche est plus haute que la droite, à force d’empêcher ma besace dodue de glisser. Et j’ai renoncé à confier mon compagnon de chaque instant à qui que ce soit, même le temps de glisser une pièce dans un parcmètre, car qui le prend en main me demande forcément pour quelle raison je transporte des briques tout au long de la journée. Et vous savez quoi: je n’ai absolument pas besoin de Dame Loreau pour savoir que je fais tout faux. Je suis prête à assumer crânement le capharnaüm serré contre mes côtes: je l’aime exactement comme il est. Et si l’âme qui se reflète dans ce miroir des vanités apparaît surchargée, bigarrée et bizarre, tant pis. Minimaliste, je ne serai pas.

Me vient soudain tout de même une envie de nettoyage et de débarras: je crois que je vais virer tous les livres de la dame qui s’empoussièrent sur une étagère. De la légèreté, que diable !

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