20/05/2017 15:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

Peinture de guerre

Dans le bus bondé, il y avait sportif sur sportif, au corps à corps, en couches verticales bien serrées. C’était à Berne, samedi dernier, alors que la planète course à pied de Suisse convergeait vers la ligne de départ de la 36e édition du Grand Prix, sous un soleil printanier. (Oui, vous êtes en train de lire une énième chronique sur la culture running, mais promis, après celle-ci j’arrête jusqu’à la rentrée, bien que la saison ne fasse que commencer… Reprenons) Cela pour dire que la concentration humaine était idéale pour tirer des généralités sur les signes distinctifs de cette tribu toujours plus remuante sur le macadam des villes. Constat n°1: le maillot fluo reste une valeur sûre, comme si les coureurs avaient peur de passer inaperçus. Eh, ils se donnent bien de la peine pour garder la forme, autant que ça se voie et que les spectateurs inactifs culpabilisent un brin, non? Constat n° 2: ils causent. Dans un espace confiné, la grande fraternité de la douleur en partage incite à échanger les stratégies de course et à se renseigner mutuellement sur l’emplacement des vestiaires. Ça change d’un bus normal, où chacun prétend ne pas voir son voisin de siège. Constat n° 3… Euh, ce n’est pas un constat mais une question: pourquoi diable toutes les filles sont-elles maquillées?

Sur le moment, je n’en ai pas cru mes yeux (pourtant bordés aussi de rimmel): quelle concentration de mascara, ombre à paupières et autres enjolivures au pinceau! Et dire que dans peu de temps tous ces apprêts vont couler et se mélanger dans un même ruisseau de sueur… Mais au fond, je ne devrais pas être surprise: ma copine Karin, celle qui dompte le chrono à grandes foulées d’antilope, ne sort jamais de chez elle sans ses cils chargés de noir. Même pour un jogging en forêt, à 7 heures du matin. Elle dit que seulement ainsi elle se sent en pleine possession de ses moyens. De manière délibérée ou non, nous avons toutes dû avoir ce même geste, au matin de la course. Pour affronter les 10 miles où il va falloir souffrir, aucun grigri, aucun rituel n’est superflu. De la couleur pour se donner du courage, comme les Sioux sur le sentier de la guerre. Des gestes quotidiens, pour faire semblant que cet effort est normal. Moi aussi, j’ai  tracé un trait sur ma paupière, apposé un petit camaïeu beige et unifié mon teint, même si tout cela était appelé à finir en grimaces tordues et joues écarlates. Et un pschiiiit d’eau de cologne au creux de la nuque, pour se donner aplomb et illusion de grandeur. C’est parti, ma fille, cours!

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