13/05/2017 18:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Jolies comme des hirondelles sur un fil

Mon beau collier africain, je l’ai porté exactement 4 minutes, le temps de descendre au rez-de-chaussée. Au pied de l’escalier, les perles se sont mises à danser autour de moi, dans une pluie de pâte de verre multicolore. Au temps pour mes falbalas de là-bas, me disais-je à quatre pattes, en rassemblant dans un sachet les étincelles éparses de feu ma parure flamboyante. Pourquoi diable les bijoux d’ailleurs finissent-ils toujours cassés au fond d’un tiroir?

Comme j’aime les sautoirs spectaculaires (et les brocantes, et les voyages), j’ai accumulé une vaste collection d’éclopés en attente d’une hypothétique réparation. Toutes les ficelles ténues, les morceaux de corne fragile, les perles friables, les fermoirs tordus ont trouvé refuge dans mes placards, blottis dans des bocaux comme des âmes en perdition. Oh, ce n’est pas faute d’avoir tenté de les ressusciter! J’ai esquissé de laids bricolages, soudoyé des amies plus habiles que moi de leurs mains, compulsé des annuaires en ligne: rien à faire. Les bijoutiers veulent bien réparer les pièces en or et pierres précieuses, mais pour le toc artisanal à forte valeur affective, vous repasserez, ma brave dame. Dernièrement, je me suis résolue à transporter en permanence, dans le coffre de la voiture, mon hôpital de pacotille, dans l’espoir de croiser – comme ça, par magie – un rebouteux pour souvenirs.

Et savez-vous? Je me félicite d’être superstitieuse: les fées existent. Je viens d’en rencontrer une, après cinq semaines de quête, à une adresse conseillée par l’amie d’une amie de la cousine d’un collègue. De derrière son comptoir très professionnel, la bijoutière des petits riens (je l’aime déjà) a trouvé une solution à chaque bobo. D’une pelle douce et experte elle a trié les perles, trouvé des suppléantes à celles qui manquaient, imaginé des rocades de pendeloques pour camoufler les blessures, remplacé des cordons par des fils métallisés… Me voilà sautillant de joie, toute seule sur le trottoir. Mes parures sont au garde-à-vous, toutes les perles alignées comme des hirondelles sur leur ligne électrique. Avis à ceux qui me côtoient dans la vraie vie: je vais même pouvoir remettre mon improbable plastron en bakélite orange, ce drôle de truc qui ne sert à rien sinon à s’accrocher de la bonne humeur autour du cou.

La Suède a introduit un système d’allégements fiscaux pour les réparations d’objets, histoire d’inciter les gens à moins jeter. C’est valable pour les lave-vaisselle, les vélos, les chaussures… Il devrait y avoir une récompense spéciale pour les bijoux: pour chaque collier à nouveau portable, c’est un petit bonheur qui revit, alors qu’on le croyait éteint.

 

 

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