24/04/2017 10:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

Sur le dos d’un chameau

Ce printemps, dans un parc du centre-ville, de grosses bosses bien rondes ont poussé sur la pelouse. Là où, hier, il n’y avait que gazon plat rasé de frais, trônent aujourd’hui des monticules élégamment géométriques, toujours aussi bien entretenus, mais… comment dire? On sent que le geste de nettoyage est soudain plus laborieux. En traversant la promenade l’autre jour, je regardais un jardinier hisser sa tondeuse cahin-caha jusqu’au sommet de la butte: il surveillait chaque brin vert, tout juste s’il ne mesurait pas la longueur pour s’assurer qu’elle était égale à la voisine. Je n’en jurerais pas, mais je sentais à la crispation de ses lèvres qu’il aurait eu envie de marmonner des mots que la bonne éducation réprouve. J’ai ressenti beaucoup de compassion pour ce monsieur: moi aussi, je tire cette même tête à chaque fois que mon homme me demande de rafraîchir sa coupe de cheveux… On a beau régler la tondeuse sur 5, on n’est jamais vraiment sûr de la régularité d’une surface convexe.

J’ai un doute: ces bosses paysagères sont-elles bien utiles? Ce n’est pas comme si la promenade était trop facile d’entretien: avec ses bassins et sa cascade, ses statues à contourner, ses buis jolis, ses charmilles taillées en arcades, ses plates-bandes qui changent sans cesse de couleurs, on pourrait postuler que les services de la ville disposent d’un terrain de jeu suffisamment varié pour ne pas lasser leurs jolies mains vertes. Eh bien non: ils se sont construit des bosses, comme un jeu d’obstacles. Serait-ce pour ménager des supports naturels aux dos bronzeurs qui viendraient s’étendre là durant la pause de midi? Une ère de distraction pour les mômes qui voudraient escalader un chameau vert? Tu parles! La pelouse est évidemment interdite d’accès, merci de rester sur les bancs. J’ai une autre piste: Peut-être est-ce là l’idée d’un policier sadique qui invente des punitions destinées aux mineurs qui se seraient fait coller des heures de travail d’intérêt général?

Je crains que l’affaire ne soit au final qu’une tocade à la mode. Sans doute là l’influence du Rolex Center, de l’EPFL, qui a instauré, dès son inauguration en 2010, le sol ondulant comme nouvelle norme esthétique (là aussi, le personnel d’entretien doit dire merci…). Variations sur ce thème, les amateurs de design ont aussi vu se multiplier les tapis à la surface irrégulière, avec des motifs en diverses longueurs de poils ou carrément des excroissances, comme ces poufs intégrés au revêtement. Je soupçonne donc mon parc familier de seulement essayer de faire genre. Le design fait gazon. Le concept végétal. L’interrogation philosophique de la chlorophylle.

Moi, je suis une fille toute simple: une belle glycine odorante suffit à mon bonheur printanier.

 

 

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