21/03/2017 16:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

Tous aux abris

Est-ce le fait de la légendaire élégance italienne? L'autre jour, dans le train de Milan, j'ai compté cinq chapeaux féminins dans un seul wagon. Et des plus créatifs, s'il vous plaît! Une capeline noire, une cloche avec fleurettes en feutre, un borsalino à ruban brodé de cristaux scintillants, une casquette en tricot avec visière de cuir, et même bibi... Respect et admiration pour cette dignité qui marche à couvert, le dos droit, le menton haut.

Si le chapeau masculin, devenu totalement mode ces dernières saison, est relativement aisé à dompter, l'affaire se corse avec le pendant féminin. C'est une question de cheveux. Plus ceux-là nécessitent d'apprêt, plus le port d'un couvre-chef s'avère hasardeux. Dans le match brushing contre calvitie, c’est donc clairement 1 à zéro pour la calvitie. D’expérience personnelle, même si je ne suis guère portée sur la mise en pli au poil, quand j'ai vu la tête que me fait un chapeau une fois enlevé, j'ai décidé de continuer à sortir en cheveux.

Dès lors, j’épie avec une curiosité légèrement teintée d’envie les mœurs des élégantes chapeautées. Que faire du couvre-chef dans un train? L’ôter, évidemment! Comment sinon s'appuyer au dossier montant? C’est alors que commence le ballet des mains dans les mèches, les tentative de refaire bouffer tout ce plat, de lisser ce qui s'est hérissé. Et du coup, c'est bête, mais la dignité s'est un peu fait malle… Je repense à Jacky Kennedy et sa boîte à pilules rose sur la tête, dans ce biopique qui la présente vaniteuse et névrosée. Ou à la merveilleuse série télévisée The Crown, où Claire Foy incarne la jeune Elisabeth II d’Angleterre, un coquet feutre ajusté sur ses boucles pour toute sortie en public. Dans ces années-là, une fois le couvre-chef assujetti à la coiffure avec force épingles et barrettes, il restait sur la tête jusqu'à ce que la nuit les sépare. Quitte à ce que la belle, bien raide, se satisfasse d’un tiers de fesse posée sur le devant d’une chaise, pour préserver l’édifice. Aujourd’hui, les codes d’usage sont passés aux oubliettes et le chapeau se pose et dépose sans cesse. Ce qui nous ramène à la thématique du domptage de cheveux.

Une partie de moi ressent une pointe de nostalgie pour une période où le chapeau féminin était un ornement, au même titre qu’un ruban sur une bottine ou une broche sur un revers. Un période où il était aussi inutile et beau qu’un sourire à la vie. Aujourd’hui, on porte l’accessoire comme une armure : protection contre la bruine, contre la foule, contre les nouvelles qui pleuvent de la radio. Au fond, il n’y a pas que l’enjeu des cheveux: si je choisissais de porter un chapeau, je l’oublierais sans cesse, comme je le fais avec les parapluies. Je déteste me méfier de tout.

 

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