11/03/2017 08:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une limande dans son filet

 Les people sont des gens dangereux. Gisèle Dupertuit et les autres humaines du réel ont beau peupler d’autres planètes que Kim Kardashian – peut-être vivent-elles en coloc avec des copines étudiantes ou dans un chalet sur les hauts de Siviez ou encore dans un manoir meublé d’antiquités, allez savoir… – elles finissent toujours un peu contaminées par les tendances virales que la pulpeuse brune répand autour d’elle. Et quand ce n’est pas dame Kardashian, ce sont les sœurs Hadid ou Cara Delevingne:  il y en a toujours une pour inventer un truc impossible que l’on se retrouve à copier, tout en se sentant idiote de le faire.

Dernière lubie de Kim, donc: le collant résille à mailles géantes, qu’elle porte sous un jean. On voit, en bas, des chevilles striées de losanges dans une paire d’escarpins; en haut un ventre nu au-dessus de la ceinture du pantalon, quadrillé lui aussi, car le collant est tiré à mi estomac. A porter avec un pull court, naturellement. Ah oui! Et il y a aussi Mariah Carey qui fait son fitness en body échancré sur les mêmes filets à gros trous… Cette fois, ce sont les fesses que l’affaire marque de son empreinte à carreaux.

Hum… Comment dire? Est-ce que le mot «élégance» a encore cours dans le vocabulaire vestimentaire? Celles qui ont déjà vu passer deux ou trois cycles de mode depuis qu’elles sont en âge de courir les boutiques entretiennent une certaine idée du bas résille. Voilà donc une pièce de lingerie difficile, car connotée soit bar de Far West soit rock punk avec des déchirures. Jusqu’à présent il y avait toutefois moyen d’apprivoiser la bête, avec de petites robes un peu rétro ou alors en chaussettes, sous des pantalons courts. Aujourd’hui on oublie de suite ce genre de bienséance pincée: le collant contemporain est surtout parent du filet à commission, celui qui s’étire au fur et à mesure qu’on le remplit et laisse apercevoir tout son contenu: melon, poisson, potiron… Il garde de cette filiation marchande un certain sens de l’étalage criard, un penchant pour la réclame à prix cassé: qui veut de ma panse fraîche emballée?

Evidemment – et sans doute heureusement… - la tendance est difficile à transposer hors d’Instagram. Même les filles bâties comme des limandes se prennent la chair dans les mailles et finissent saucissonnées comme dans une vitrine de boucher. Et en plus, ça tiraille et gratte… Alors tant pis pour les images de mode, tant pis pour les mannequins en vitrine, tant pis pour les explications des modologues. Essayons de nous vacciner un brin contre les épidémies de mode absurdes, avec une pensée pour les poissons du grand large: la pêche au filet est-elle vraiment une source d’inspiration esthétique?

 

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