14/11/2016 10:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

MLS, Mouvement de libération des seins

A priori, on pourrait croire qu’une partie anatomique, à l’instar du coude ou de la pommette par exemple, ne peut guère suivre les caprices de la mode. Dit-on: «Cette saison, le coude se porte pointu!» – et du coup, tout le monde s’en procure un? Sans doute pas… Pourtant, ce bon sens ne s’applique pas au plus connoté des attributs féminins: le sein. Par les mystères conjoints de la séduction et de l’art bonnetier, la poitrine féminine ne cesse de changer de forme apparente, au gré des fluctuations de l’air du temps. Nous sortons donc de longues années de seins en forme de demi-pamplemousse, fièrement juchés sur le thorax, comme deux coques en plastique bien ferme. Avant, il y a eu l’effet Wonderbra, avec la matière propulsée vers le haut, comme de la pâte qui lève. Plus loin en arrière encore, on se souvient des poitrines en obus, agressivement pointues, de la féminité sixties.

Et aujourd’hui? Hé bien, il n’y a plus rien. Où ça, des seins? Le Vogue américain confirme la disparition dans son édition de décembre (oui, les éditions des magazines chics sont toujours antidatés): «Cherche décolleté, désespérément». L’article relève que les défilés de mode présentent des modèles plastronnés jusqu’aux clavicules et que des actrices comme Alicia Vikander se présentent désormais à la cérémonie des Golden Globes en col montant, quand ce n’est pas en chemisier chastement noué d’une lavallière. La complainte s’est répandue sur le web comme une traînée de poudre – mais pas de poudre aux yeux, il n’y a plus grand-chose à voir.

D’accord, l’hiver qui arrive n’est pas le moment idéal pour ce type de militantisme, mais j’ai soudain envie d’échancrer mes cols. Et si on montrait à nouveau tout? Si on affichait ses seins exactement selon l’humeur – petits, gros, en poire et alors? Si on se fendait à nouveau de DV, pour «Décolleté Vertigineux», comme on disait dans la cour de récré, fascinés par ces protubérance naissantes ? Mais il faut faire vite, avant que l’on oublie à quoi un buste de femme ressemble, enseveli  sous des strates de tissus et des couches plus épaisses encore d’interdits et de superstitions… J’appartiens à ceux qui croient que la mode est dotée d’une sorte de flair, qui anticipe les grands mouvements de société. Et je n’aime pas du tout ce qu’annonce la disparition des seins de l’espace public. Tenez: outre la prolifération de tenues couvrantes, les ventes de soutien-gorge à armatures sont en chute libre, au profit des brassières inspirées du sport. L’équivalent moderne des seins bandés, comme à l’époque où les femmes devaient parfois se camoufler pour être prises au sérieux. Et pour la première fois, l’indice boursier de la fameuse marque de lingerie Victoria Secret flanche sérieusement… Comme quoi, même les anges peuvent parfois tomber de leur nuage.

Je comprends parfaitement que les couturiers trouvent commercialement plus rentable de proposer des encolure en forme de cheminée, qui ne heurtent personne, de Paris à Dubaï en passant par Kuala Lumpur. Je comprends même que l’on en arrive à planquer ses formes, pour se protéger d’un monde où le plus grossier des machos vient d’être élu à la Maison-Blanche.  Mais il ne faut pas se laisser faire. On ne va tout de même accepter de  lisser nos anatomies de toutes parts, pour faire semblant d’être des mecs comme les autres? On va finir par se faire lisser les idées aussi… Parfois, la dignité tient à une baleine de soutien-gorge.

 

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