26/10/2016 10:32 | Lien permanent | Commentaires (1)

Il vient, ce quinoa, chef?

Et lundi midi, ce sera quoi? Velouté de topinambours? Risotto de quinoa aux chanterelles et noisettes? C’est le comptable qui cuisine!

A l'heure où les entreprises liment les coûts et où les employés sont priés de «faire mieux avec moins» (selon la formule consacrée), il fallait évidemment qu'arrive une réponse managériale follement tendance à la problématique des repas de midi. Ceux d'entre nous qui fréquentent le marché du travail depuis quelques années ont déjà connu plusieurs vagues de mœurs successives: les déjeuners entre collègues au café du centre-ville (onéreux), les bons-repas (où toute la boite converge vers les deux mêmes tea-rooms), les sandwiches devant l'ordinateur (burp et miettes entre les touches du clavier), les cantines du rez-de-chaussée (bonjour l'émincé curry à l'ananas) et, depuis quelques saisons, le Tupperware amené de la maison, à réchauffer au micro-ondes à côté de la machine à café. Cette dernière variante présente le triple avantage de la rapidité, du moindre coût et du respect des régimes individuels. Mais je dois admettre que le café de l’après-midi devient olfactivement éprouvant, car le local y dévolu embaume des effluves aussi mêlés que tenaces du plat chinois réchauffé et des restes de ragoût de la veille. Rien qu’à l’odeur, on a l’impression d’avoir trop mangé.

J’ai donc le privilège de vous annoncer que ces petits tracas de la vie au bureau sont voués à disparaître. Le courant dominant, actuellement, voudrait que les employés mettent ensemble la main à la pâte à pizza, dans un bel esprit de travail collectif. Le festin quotidien ainsi créé servirait à la fois à resserrer les liens entre collègues (c’est mieux que le team building en rafting), à exercer l’art du compromis (gare aux allergies des uns et des autres) et… à économiser sur le budget. Avec de vrais fours, des plaques à induction et tutti. Elle n’est pas belle, la trouvaille? C’est ainsi que le géant des télécoms Orange a équipé d’une cuisine professionnelle sa Villa Bonne Nouvelle, à Paris, qui accueille aussi des start-up amies dans son espace. Ou que l’artiste Olafur Eliasson a même fini par publier un livre avec les recettes réalisées dans son studio berlinois, par et pour ses collaborateurs (En Cuisine, Ed. Phaidon). La justification stratégique de la démarche? Eh, c’est qu’il faut «incarner la nouvelle transversalité en entreprise», comme disent les consultants. Si un patron invite son sous-chef au restaurant, la domination hiérarchique est limpide. S’ils hachent tous deux l’ail pour le poulet coriandre et citron vert, ils se parleront forcément de manière plus fluide et collaborative.

J’ai le plaisir de travailler dans une entreprise qui vient d’ériger en dogme le tutoiement à tous les étages. A mon avis, le coupage collectif des oignons n’est pas loin. Reste à savoir si les mères de famille éprouveront le même émerveillement que les designers et geeks branchés à s’agiter de la casserole. Dis, patron, c’est aussi la boîte qui va cuisiner pour les mômes, ce soir?

Commentaires

Madame, comment empecher que vos textes Tombent sur Mon iPhone automatically et votre photo parmi les images de mes ancetres?
Merci

Écrit par : Antonia | 26/10/2016

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