17/09/2016 18:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon steak pour un chou-fleur

A tout prendre, je crois que je vais finalement le mettre en vase, ce grand nuage solide qu'est le chou-fleur. Il aurait du panache, non?, en bouquet à cinq têtes dans un seau à champagne étincelant de splendeur chromée. La noblesse du potager érigée en monument déco… Ou monument tout court! J’y pensais l’autre jour en feuilletant des magazines de cuisine, en cherchant l’inspiration sur des sites de recettes. La brassicacée tient la vedette sur toutes les tables de la rentrée. La cohorte à tête de chou, ce sera nous…

Pour être franche, le chou-fleur n’a longtemps pas été un résident coutumier de mon réfrigérateur. Petite, j’en ai mangé plus que ma dose en version panée et frite (merci la gastronomie de l’Est européen), avec un petit litre de sauce tartare pour lester le tout. J’aimais bien, mais j’ai banni le plat de mes habitudes, dès que j’ai eu accès à une cuisine bien à moi – et accessoirement à une balance dans ma salle de bains. Depuis, les fleurettes blanches et moi avons avancé sur des chemins de vie séparés. Mais voilà donc le temps des retrouvailles, bénies par les Dieux des trends et tendances, nos guides à tous.

La première fois que j’ai renoué avec le chou-fleur, c’était chez une amie tout à fait dans le vent, qui, au moment de l’entrée, a présenté au centre de la table une grande papillote de papier sulfurisé sortant du four. Emballé comme un cadeau, le chou était doré d’huile d’olives et d’épices et on l’a tous attaqué au couteau pointu, avec un rien de sel de Guérande. A repenser à cette soirée j’y vois comme un épisode précurseur de ce qui se passe maintenant: le grand retour du chou-fleur est étroitement lié à l’effort général pour diminuer la consommation de viande. Même moi, carnivore jubilante, il m’arrive aujourd’hui de chercher des alternatives végétales. Or, malgré ses airs moussus et sa blancheur immaculée – ses mines de Sainte Nitouche, en somme - , le chou-fleur est le plus carné des légumes. Dans les recettes nouvelles, il se rôtit comme un cou de porc, se saisit à la poêle comme un steak épais, s’assaisonne virilement de cumin, piment, poivre ou gingembre, se déguste en tartare râpé. Surtout, ne pas trop le cuire! C’est quand il est encore croquant qu’on y plante le mieux ses canines, réveillant comme par ruse nos instincts carnassiers en veilleuse. Vous n’y croyez pas? Essayez le chou-fleur violet… Et dites que vous l’avez chassé au jardin.

Les commentaires sont fermés.