21/06/2016 09:36 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le Prince au petit pois

Il était une fois un pois tout petit par sa taille, mais très grand par son goût. Il avait été arrosé, soigné, sélectionné avec amour sur la belle terre du Pays Basque espagnol, là où le dosage parfait de soleil et de pluie transforme les légumes en or. Sans compter les embruns marins, qui confèrent une petite note délicatement salée à la chair douce. Chaque matin, le maraîcher venait vérifier, plant par plant, si les cosses étaient à juste maturité. Rien à voir avec les récoltes au tracteur des champs voisins... Par la grâce conjuguée de la météo et du talent jardinier, voilà donc notre pois de variété ancienne qui se bonifie de saison en saison, jusqu'à devenir la princesse des légumineuses. En croquant, on éprouve une sorte d'explosion de fraîcheur en bouche. On appelle désormais cette merveille guisante lágrima, la larme de pois, et il ne faut pas moins de 200 euros pour s'offrir un kilo de saveur. Les grands chefs de la région le cuisent quelques secondes à la vapeur et le servent le jour même de sa cueillette. Marié (par exemple) avec de la glace à l'huile d'olive, il meurt heureux et séduit beaucoup de petits gourmets. Fin du conte, inspiré par un reportage de l'International New York Times de la semaine dernière.
J'adore les fables édifiantes. Celle-ci est une joyeuse variante gastronomique de la morale les-derniers-seront-les-premiers. Un petit pois de rien, qui s'ennoblit à force d'attention et de culture respectueuse. La fée verte (pas celle rend fou dans le Val de Travers - l'autre, celle qui manie la baguette magique de la conscience environnementale) a encore frappé: elle est parvenue à nous faire voir des trésors où il n'y avait, jadis, que du banal. Si on m'avait dit qu'un jour j'aurais envie de réserver une table multi-toquée à Bilbao, juste pour y goûter des légumes de grand-mère...
Plus près de nous, sur les marchés romands, on trouve aussi de petits pois hors du commun, qui vous détournent résolument de leurs cousins en sachets surgelés. L'autre jour, j'en ai acheté une barquette et j'ai hésité à les monter en collier, tant ils étaient mignons, réguliers et hyper chers. De vraies perles nacrées. Eh, c'est qu'ils avaient été écossés par les pensionnaires de l'EMS attenant à la ferme, voilà qui ajoute encore de la plus-value émotionnelle au produit à peine prélevé sur le sillon. Je les ai mangés, finalement, en dégustant chaque grain sur la langue: c'est bien ainsi qu'il faut rendre hommage à l'exceptionnel.
Je vous quitte, la bouche pleine, sur ces envies de fraîcheur précieuse. La saison se prête aux explorations potagères et je vous les souhaite savoureuses. A nous radis oubliés et colraves redécouverts.... On se retrouve fin août, après les numéros d'été, pour causer des prunes et potirons?

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