06/06/2016 10:01 | Lien permanent | Commentaires (0)

Quel genre?

Permettez une question indiscrète: disposez-vous de toilettes séparées pour filles et garçons, à la maison? Non, n’est-ce pas? Et dans les trains alors? Cela vous perturbe-t-il beaucoup de devoir suivre et/ou précéder une personne de sexe opposé dans ce petit coin sur rail? Pas non plus ! Je me disais bien… Vous et moi avons donc un point commun: la difficulté à comprendre l’émoi américain sur cette affaire de WC défini par genre. Que Barack Obama (le président! Il n’a rien de plus urgent à l’agenda?) doive se fendre d’une directive (une directive!) qui autorise les élèves à utiliser des toilettes en fonction du sexe auquel ils s’identifient plutôt que forcément de celui avec lequel ils sont nés, voilà qui me laisse pantoise.

Sans compter que le problème est ailleurs. A New York, dans les endroits progressistes (genre Musée d’art contemporain) on voit apparaître fièrement une troisième porte de WC, avec un logo hybride mi-homme, mi-femme, pour les usagers hésitants ou en voie de transformation. Comme un monument érigé à l’esprit d’ouverture. C’est sans doute bien intentionné, mais cette troisième voie ne résout rien. D’une part, les obscurantistes de tout bord pourront continuer à mater salement les courageux qui iront pousser cette porte: c’est presque comme si elle était estampillée «enfer et damnation». D’autre part, voilà des toilettes statistiquement vouées à la sous-utilisation alors que les files s’allongent encore et toujours devant les cabines féminines (on le sait: elles y vont plus souvent et s’attardent davantage… mais tout le monde s’en fiche). Soyons pragmatiques, il n’y a qu’une solution: la cohabitation de tous, dans de belles toilettes unisexes.

A l’époque des premières toilettes publiques, la ségrégation avait pour vocation de protéger les dames des regards salaces et les messieurs des pensées immorales qui auraient pu surgir en imaginant tous ces jupons soulevés. Mais on peut postuler que dans nos sociétés modernes, où l’on se côtoie parfois en shorts, voire en maillots de bain, nous avons appris un certain détachement face aux choses du corps. Et pour avoir parfois, en situation d’urgence, expérimenté divers WC masculins, je peux aussi témoigner du fait que les sols n’y sont pas forcément malodorants et inondés, comme on le dit parfois. Donc tout va bien: on devrait parvenir à se croiser avec civilité devant les portes fermées des lieux d’aisances. Après tout, à chacun son box pour vaquer à ses petites affaires, non?

En fait, le seul obstacle au partage égalitaire des toilettes sont les urinoirs. Personne n’a envie de pousser une porte pour découvrir, derrière, une rangée de mâles en posture de cow-boy: jambes écartées et pistolet au poing. De grâce, rangez-moi ces trucs… Ou au moins, pitié, Messieurs les architectes, cachez ces bassines bien loin de l’entrée, pour que ceux qui aiment à comparer leurs jets dans des cuvettes chargées de billes de naphtaline ne soient pas sans cesse dérangés.

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