14/05/2016 10:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Tortue reconnectée

Huit heures pour descendre à Vaison-la-Romaine… Vive la circulation sur l’autoroute du soleil, à l’heure du départ pour un week-end prolongé! Hermétiquement enfermé (hé, la clim’!) dans sa boîte de conserve à quatre roues, l’homo turisticus scrute le pare-chocs immobile devant lui et se sent comme dans un sketch sur les folies contemporaines, avec Bison Futé dans le rôle principal. Mais qu’avons-nous à avoir tant besoin du parfum des cytises et des pierres blanches de Provence pour exorciser les hivers trop longs?

Or la perspective du sud ne suffit guère à faire patienter la voiturée. Les passagers - facile! - se ruinent en roaming et lisent n’importe quelle sottise sur Facebook pour passer le temps, allant jusqu’à visionner les vidéos de perruches qui donnent la becquée à des chiots (je suis confuse, mais je parle d’expérience). Pour le conducteur, la situation est d’autant plus agaçante qu’il entend chacun glousser dans son coin sans pouvoir participer et que le plus palpitant des flashes d’actualité finit par lasser quand on l’entend pour la huitième fois. Dire qu’il fut un temps où la famille chantait en chœur sur la route des vacances… Bref, ce qui me frappe dans ce cliché de l’ennui contemporain, c’est que les responsables de la prévention des accidents sur les routes de France ont parfaitement intégré cette nouvelle donne: ils savent l’ampleur de la frustration qui étreint la seule personne dans la voiture à ne pas avoir accès à son doudou électronique. En effet, sur les panneaux lumineux à message variable (PMV pour les intimes), on voit de plus en plus souvent apparaître l’énoncé suivant : «Faites un arrêt: consultez vos textos.»

Parmi les avis de ralentissement et les appels à la prudence, ce conseil tentateur peut sembler saugrenu. Il ne l’est pas. Et il révèle deux choses: 1° que le conducteur a davantage de chances de s’octroyer une pause si on lui fait miroiter la perspective d’un reconnection avec son monde, plutôt que de le bassiner avec des principes de sécurité qu’il est censé connaître; 2° que, dans l’immobilisation d’un bouchon, il y a toujours une démangeaison pour relever sa messagerie d’une main – ce qui est franchement très bête. Psychologiquement, il est donc assez malin d’à la fois valider la pulsion communicatrice de l’automobiliste et de postuler qu’il n’aurait jamais au grand jamais eu l’idée de l’assouvir au volant, n’est-ce pas?

En roulant vers l’été à la vitesse d’une tortue ensommeillée, nous nous sommes sagement et régulièrement relayés au volant, afin que chacun puisse écrire ses mails, vérifier la météo et poster des «like» à tour de rôle. Pffff, par quoi passent les envies d’ailleurs des temps modernes…

 

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