07/05/2016 15:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Zoom sur l’entrejambe

On pourrait appeler cela la collision de deux tendances de fond. A ma droite, la pratique, toujours en augmentation, de la course à pied (il n’y a qu’à longer un lac, en Suisse, pour observer à l’œil nu les 23,3% de la population qui s’adonnent au jogging – à croire qu’ils trottent tous au même endroit). A ma gauche, le sempiternel retour de l’esthétique année 1970, pantalons pattes d’éph’, semis de fleurettes et franges à gogo. Le rapport entre les deux? Mais les cuissettes, pardi! C’est embarrassant, mais les revoilà…

Ceux qui ont vécu, en temps réel, des cours de gymnastique vêtus de ces improbables courtes choses s’en souviendront le rose aux joues. Pour les nouveaux arrivés sur la planète, l’affaire demande un brin d’imagination et de fouille dans les archives. On s’y met: le mot «cuissettes» (vocable suisse) désigne donc des shorts de sport un peu amples, coupés haut sur la jambe, légèrement échancrés en arrondi sur la hanche. L’effet visuel évoque une sorte de triangle qui fait flap-flap à chaque pas. On peut en voir sur les photos orangées des albums familiaux ou encore dans le film Free to Run de Pierre Morath, qui raconte brillamment l’épopée du running (courez-y… si je puis me permettre). Bref: l’accoutrement était si disgracieux et si peu pratique (ça s’entortille où il ne faut pas, ça frotte sur l’intérieur des cuisses) qu’il a été avantageusement remplacé, ces dernières années, par des variantes plus ou moins longues de leggings moulants. Or, comme rien n’est assez laid pour échapper à un revival, j’ai le discutable honneur de vous annoncer le retour de la culotte de course flottante.

Je viens d’en croiser quelques exemplaires dans un rayon sport. Et j’en suis restée sans voix. Au premier coup d’œil, la chose est fidèle à l’original, comme une jupette unisexe qui palpite en cadence. A l’examen plus appuyé: c’est bien pire! Les cuissettes nouvelles ne sont cuissettes qu’en surface, pour le bluff, car elles s’avèrent jumelées à un short cycliste. A l’époque, la laideur se justifiait au moins par le plaisir de sentir ses muscles bouger au grand air, dans l’euphorie d’un nouveau rapport au corps issu de la révolution sexuelle. On aurait aimé courir nu, grisé par la brise sur la peau, mais bon, les cuissettes étaient un pis-aller. Le nouvel avatar, lui, est un d’un esprit radicalement inverse. Au-dessous: un bon cycliste bien gainant, pour maintenir en place tous les volumes en bosses ou en fente de la partie inférieure du tronc; au-dessus: un morceau de tissu léger pour flouter pudiquement tous ces détails anatomiques soudain peu convenables. J’ai peur: et si les nouvelles cuissettes étaient le voile islamique de l‘entrejambe?

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