18/04/2016 10:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

Comme une truite sur son hameçon

C'est parti! Les curieux (ou faut-il parler de toxicomanes en manque?), tout autour de la planète, ont pu renouer leur liaison intense avec le couple Underwood et commencent à entrevoir si la séparation entre Frank et Claire est faite pour durer. Quel suspense! La série House of Cards, quatrième saison, a démarré il y a un mois. Je m'agrippe, quant à moi, des deux mains à la table du salon (et à la tablette de chocolat), pour ne pas craquer et parvenir à attendre que les 13 épisodes annoncés soient tous disponibles à la location. J'ai hâte de pouvoir les avaler bout à bout, de m'immerger en apnée dans les retrouvailles avec mes amis télévisés. C'est dur, je ne vous dis pas! Mais toujours moins dur que les séparations déchirantes et hebdomadaires qu'implique une première diffusion, qui égrène les épisodes comme autant de stations sur le chemin de croix télévisuel. Ensuite, quand l'entier de saison sera enfin disponible, il va falloir faire vite: avaler House of Cards, juste avant de plonger dans Game of Thrones, dont la suite arrive elle aussi sur les écrans. Tous ces compagnons au long cours, intimes de tant de soirées à la lumière tamisée, redonnent enfin des nouvelles…
Le feuilleton, c'est clair, ne date pas de notre relation symbiotique avec les écrans - ce n'est pas Eugène Sue qui va me contredire. Quand j'avais 12 ans, j'attendais déjà, sur les charbons ardents, que samedi revienne et, avec lui, l'épisode suivant de Belle et Sébastien. C'est dire si je suis bon public… Mais tout à coup, je me sens un peu débordée par toutes ces plages d’attente qui se chevauchent. En plus des séries de télévision - où le mélange plaisir & expectative fait partie du jeu, au moins on est prévenu - il me semble que le temps reste suspendu plus souvent qu'à son tour, dans cette étrange latence avant que n’arrive une suite. Les albums de mes chanteurs favoris sortent chanson d'après chanson. Les films à venir se dévoilent par bandes-annonces successives. Mes amis (les vrais, ceux qui respirent hors écran) racontent leur vie sur les réseaux sociaux, pas après pas, glace après steak. On ne dit plus: «J'ai passé une semaine formidable à Venise.» On dit: «J'emprunte un pont, devine où c'est!» puis, deux heures plus tard: «Je rentre dans l'Accademià, je poste plus tard un selfie avec ma peinture préférée!» À ce rythme-là, je vais finir par devoir consigner les rebondissements dans un bon vieux carnet, pour parvenir à me souvenir où j'en suis de toutes ces fidélités par intermittence qui me tiennent en haleine. Jusqu'à la littérature qui s'y met: j'ai enfin englouti les 800 pages du dernier polar ensorcelé de Jean-Christophe Grangié (sorti à Noël, je sais…), pour me retrouver, au dernier chapitre, avec une question qui rebondit. Et zut. La fin n'est pas une fin. Suite au prochain épisode, rendez-vous chez le libraire le 4 mai pour le pavé qui enchaîne: Congo Requiem. Bien du plaisir à mariner d'ici là!
Je me sens comme une truite qui a mordu à vingt hameçons à la fois: toujours frétillante, mais bouche ouverte, cherchant l'air, un vide affectif au fond du ventre. Prête pourtant à replonger dans le dangereux étang suivant… Dure loi des séries: surtout, ne me dites pas ce qui va se passer demain!

Les commentaires sont fermés.