11/04/2016 14:56 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ma valise en otage

Nous nous sommes rencontrées à une borne d’aéroport. La petite aventurière au front ridé sous un chapeau de paille avait bien compris que c’était là qu’elle pouvait obtenir un code wi-fi, mais n’avait aucune idée de la manière dont il fallait procéder. Elle regardait la borne (impassible) d’un air suppliant, comme si elle voulait apitoyer ce bout de métal technologique pour lui extraire la combinaison magique de chiffres et de lettres. Comme j’attendais moi aussi mon tour, et que j’essayais d’accélérer le processus, je l’ai aidée à générer la formule grâce à sa carte d’embarquement, puis à l’entrer dans son smartphone. Joie! Elle allait pouvoir poster un selfie sur Facebook, avant de s’envoler pour deux semaines en Thaïlande. C’est son petit-fils qui allait être épaté… Nous nous sommes quittées là, elle et ses envies de Tom Yam Kung, moi et la petite valise à roulettes contenant mon ordinateur et autres bricoles indispensables. Bien belles vacances, Madame!

Pas si vite! Il s’est avéré que je m’étais fait une nouvelle copine... Nous nous sommes revues devant la porte des cabinets. Et là, la dame a eu envie de me rendre service à son tour: elle a proposé, avec un bel enthousiasme, de surveiller mon bagage pendant que je m’enfermais. Gloups. Il y a eu entre nous comme un silence figé. Quelques longues secondes où mes lèvres s’étiraient en banane tandis que mon cerveau calculait à toute allure le risque encouru. Fallait-il m’accrocher à ma poignée et traîner mes affaires dans la cabine (avec toutes les circonvolutions que l’affaire implique dans 1 m2 d’espace)? Convenait-il de signifier ainsi que, dans un aéroport surtout, chaque passant représentait un danger? C’était quoi, déjà, que j’avais lu sur les retraités spécialisés en trafic de drogue? Autre piste: et si les djihadistes recrutaient maintenant dans les quartiers de villas? Mes tripes ont pourtant tranché: j’ai confié ma valise en remerciant, alors que mes voix intérieures hurlaient en me traitant de folle à lier. J’espère juste (fichu pour fichu…)que ma gestuelle, plutôt réticente, ne contredisait pas trop mon propos.

Il est des moments où la foi en l’humanité fait un peu peur. Je crois que je n’ai jamais fait pipi aussi vite de ma vie. En sortant, ma valise et sa dame de compagnie étaient toujours là. Ouf. Mais je dois admettre que j’ai aussi fouillé mes bagages de fond en comble, dès que la voyageuse a repris le chemin de sa porte d’embarquement. Pas de poudre blanche ni de mécanisme qui fait tic-tac: j’ai eu affaire à une vraie vacancière de bonne volonté.

Je ne conseille à personne de suivre ses impulsions comme je l’ai fait. Dans l’absolu, c’est très bête. Mais je remercie tout de même ma copine d’un instant pour cet éclat, au fond de ses yeux, qui donne envie de croire que les inconnus ne sont pas tous moches.

 

 

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