11/04/2016 15:09 | Lien permanent | Commentaires (0)

Courage, c'est un phoque!

L’autre jour au bas des pistes, un papa se la jouait didactique. «Regarde ma chérie, disait-il à la fillette enbibendumée de rose dans ses bras, cette manière de skier à la montée plutôt qu’à la descente s’appelle peau de phoque». La skieuse de démonstration, c’était moi (je sais: c’est plouc de monter le long du téléski, ça vous a un côté «Bécassine fait de la rando», mais il faisait moche et j’avais besoin d’exercice) et quand je suis passée près du duo, la gamine, pas folle, a posé la question qui tue: «Peau de phoque? Pourquoi?» Là, il y a eu un grand silence durant lequel on voyait presque les rouages mentaux du père bien-pensant tourner à toute berzingue. Finalement, il a opté pour la version lâche: «Parce qu’il y a une sorte de scotch sous chaque ski.» Ah ben tiens! Sa fille devait être habituée à ce qu’on lui raconte n’importe quoi: elle n’a pas moufté. J’ai éprouvé, l’espace d’un instant, la pulsion de déchausser pour expliquer que la fourrure aux poils rêches et courts des phoques avait été identifiée comme matière antiglisse par les Inuits (ce qui devait être bien pratique pour se déplacer dans Grand-Nord), mais que, de nos jours, le nom ne faisait allusion qu’à la reproduction synthétique du procédé, éventuellement agrémentée de poils de chèvre mohair. J’ai résisté à cette tentation. Mais pourquoi, nom d’un ours en peluche sur sa banquise, cache-t-on tellement le versant utilitaire de notre lien aux animaux? C’est Brigitte Bardot qui fait si peur aux parents?

Cette façon de flouter la réalité me rappelle ces amis végétaliens qui, au Canada, refusent de manger de la viande mais s’envoient, au repas dominical, une sorte de dinde moulée dans un substrat aromatisé à base de soja et de champignon. Ceci n’est pas une volaille… Ou alors ces vestes de vison à poils rasés et teints en bleu – on dirait de la fausse fourrure. Ou encore ces furets dont on fait semblant qu’ils ont pour vocation de vivre en appartement sous l’appellation de «carnivore domestique»… A moins de préférer un fennec en laisse? En vrai ou en chiqué, animal ou son ombre, sauvage ou doudou: abracadabra, je t’enfume dans un grand nuage de sensiblerie…

Je suis tout pour le respect des animaux, la réglementation stricte des abus et la modération dans notre consommation de viande. Mais je suis aussi en faveur d’explications claires et d’une certaine manière d’assumer notre histoire humaine. Alors oui (soyez forts, mes petits): le nugget sur votre assiette a jadis été poulet; le cuir de vos mignonnes chaussures provient d’une peau de vache, la plupart du temps, mais aussi parfois de la peau d’un taureau ou d’un cheval. Et, oui toujours, un gigot de cabri a bien été prélevé sur un bébé chèvre, celui-là même qui ressemble au conte de Monsieur Seguin, avec une barbichette. Et pour midi demain? Ce sera lapin. Avec de la purée de carottes (là, pas besoin de pleurer quand on l’écrase: c’est un légume).

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