05/03/2016 11:00 | Lien permanent | Commentaires (0)

Main gauche et palmée

C’est en voyant la mâchoire crispée de mon homme, que je me suis dit que le sauvetage de la planète n’était pas gagné… J’avais commandé un nouveau luminaire labellisé slow design, signé de l’un des maîtres du genre, David Trubrige, et notre futur lustre à suspension, (en bois de forêt gérée de manière parfaitement durable, s’il vous plaît) était donc arrivé conditionné en kit dans une boîte minuscule, afin de limiter la production de gaz carbonique durant le transport. Tout juste, je vous dis! Comme 70'000 spectateurs, j’ai vu le documentaire éco-joyeux Demain. Comme le jury des Césars, je suis sortie de la projection pleine d’optimisme, le sourire en banane (hélas point cultivée localement). L’avenir s’annonce bio et beau. C’est l’élan qui m’a donc menée à l’atelier bricolage qui consiste à transformer une flopée de fines lamelles en forme de pattes d’oies en une belle sphère ajourée, dans laquelle installer une ampoule led. Un puzzle en 3D, en somme… Nous nous y sommes mis à trois, dont deux râlaient: l’homme n’en menait pas large avec le mode d’emploi; le fils tirait la langue, front plissé, en insérant les rivets sensés tout tenir en place; et moi je priais pour que rien ne casse. Ouf, on y est arrivé en à peine moins d’une soirée. Au final (pourquoi ne suis-je pas surprise?) la suspension est montée à l’envers: la couleur rouge dehors plutôt que dedans, mais je n’ai pas eu le courage de tout démonter.

J’éprouve soudain comme un doute sur le bonheur dont cette démarche est censée nous inonder. Le problème, c’est que les bonnes intentions prennent un temps fou. Déjà qu’il a fallu renoncer à la salade toute prête en sachet au profit de belles têtes de laitues, à laver avec soin et amour, feuille par feuille. Soit. Ensuite il faut peler à la main les tonnes de légumes de chez le paysan d’à côté – très bien aussi, au moins c’est bon. Maintenant en plus la commune insiste pour que l’on trie, certes, mais elle supprime le ramassage des ordures. En fait, dans la logique verte, il faudrait tout faire soi-même. Bienvenue à la déchetterie le samedi après-midi, à la fabrication maison de pain complet le dimanche. Et le vendredi soir, alors? On tricote des chaussettes en laine de mouton de chez le voisin? Zut, j’ai oublié d’aller nourrir les poules…

Stop! La tyrannie du do-it-yourself ne passera pas par moi.

Soyons clairs: je ne sais pas jardiner et je déteste le bricolage. D’ailleurs, question habileté, j’ai deux mains gauches et palmées de surcroît. J’appelle donc de mes vœux – et viiiiiite, s’il vous plaît – l’avènement d’une économie de proximité du do-it-for-you. Je suis persuadée qu’il y a là une foule de nouveaux jobs, pour ceux qui aiment faire ce qui désespère leur voisin. Et comme ça, peut-être, je pourrais soigner mon empreinte carbone tout en trouvant (je sais, c’est un concept un peu dépassé…) les huit heures par jour qu’il me faut pour aller travailler.

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