13/02/2016 09:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ma petite bactérie chérie

Tout a commencé voilà plus d’un an, quand la doctorante en médecine allemande Giulia Enders a publié son livre de vulgarisation Le charme discret de l’intestin. L’ouvrage affiche l’une des meilleures ventes de 2015 et nous sommes beaucoup à le garder au pied du lit, pour se faire une tranche d’intestin grêle avant de s’endormir. Ou un petit topo sur les contractions de l’oesophage, mmmhhh? Bref, depuis des mois, et sous la conduite de la future gastro-entérologue, nous envisageons avec intérêt, que dis-je? avec tendresse, les méandres villeux de notre colon.

Or nous apprenons maintenant que ce paysage intérieur est avant tout une vaste demeure prévue pour accueillir une population nombreuse et frétillante: les bactéries. Nos copines, les bactéries. Giulia Enders chantait déjà la gloire de ce microbiote grouillant, qui compte près de 100 billions d’habitants et peut peser jusqu’à deux kilos, mais des chercheurs de l’Université Stanford en rajoutent une couche en ce début d’année. Il semble donc que la composition exacte de notre jardin zoologique intime est aussi individuelle que l’est l’empreinte digitale et que nous ne sommes en rien égaux dans l’art d’élever nos animaux domestiques intestinaux. C’est qu’il faut les nourrir varié, ces petiots, si on les veut en forme. Or, nous autres, mangeurs chichiteux du monde riche, consommons toujours les mêmes parmi nos aliments favoris, ce qui appauvrit lamentablement notre faune intestinale. La monoculture de notre biotope nous expose à toute une myriade de maladies et – stupeur – explique aussi pourquoi certaines personnes restent plus facilement minces que d’autres… En gros (ou plutôt en microscopique), les plus chanceux entretiennent de braves bestioles goulues, qui sont pile celles qui boulottent le chocolat avec ferveur et l’assimilent tellement bien qu’il ne reste plus un capiton à déposer sur les fesses. Bravo la petite bête! Quant à ceux qui ont tendance à déborder de leurs jeans, c’est sans doute qu’ils n’hébergent, dans la cavité rosée et chaude de leur ventre, que des colonies de bactéries malingres et toutes pareilles, qui n’arrivent pas à faire façon des flux de nourriture, fussent-ils salades, qui leur arrivent dessus.

A ce stade, on voit bien d’où peut venir la percée scientifique: après analyse des selles, nous allons peut-être tous un jour absorber notre bouillon de culture sur mesure, fourmillant de toutes les variétés de microbes qui manquent dans nos entrailles. Mais on dirait que ce n’est pas pour demain. En attendant, nous conseillent les chercheurs, on peut déjà essayer de régénérer sa ménagerie en évitant de se laver les mains après le jardinage ou la promenade du chien. Et il faut voyager, afin de mixer les bactéries du monde et régénérer notre piteux stock occidental. Quand j’étais petite, ma mère travaillait dans un hôpital où la médecin-chef recommandait, totalement sérieuse, à ses patients de lécher la poignée de son cabinet… Si la dame vit encore, sait-elle qu’elle est peut-être une pionnière des régimes minceur ?

 

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