09/01/2016 16:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ecureuils connectés

En ces premiers jours de l’an neuf, vous devriez, normalement, être en train d'emballer les boules scintillantes dans du papier de soie, de ranger les angelots et de compacter les guirlandes en petits tas bien serrés. Et hop, dans un carton pour les onze mois à venir. Et vous allez en faire quoi exactement, de ce carton? À sa vue, chez moi, l'homme de la maison roule des yeux exaspérés et se demande tout haut si d'aventure le ramassage public des sapins déplumés ne pourrait pas impliquer aussi leurs parures de pacotille. Je fais la sourde oreille: après tout, lui entasse au galetas des dizaines de manuels scolaires périmés, je peux bien ajouter mes falbalas de Noël et mes petits Jésus à ce stockage sauvage d'objets en déshérence. J'ai juste une petite crainte: que le plafond ne nous tombe sur la tête, à force d'accumulation de bouquins en surpoids. Ce jour-là, ce ne sera pas la faute de mes trois souffles de verre…
Les écureuils, eux, garnissent leur logis une fois par an pour subvenir à leurs besoins hivernaux. Nous autres, écureuils décadents de la société d'abondance, accumulons toute l'année, mais avons perdu le réflexe d'évacuer. Mais bonne nouvelle: malgré ce couac de l’évolution, on peut aujourd’hui ne pas étouffer de ce trop plein. Voilà l'avantage de vivre dans une société humaine: il y a toujours quelqu'un pour monter une entreprise à même de résoudre un problème que vous ne saviez pas encore avoir. Magie! Voilà donc qu'arrive un nouveau service: un système de conciergerie à activer en ligne et on vous livre une grande boîte vide, que vous remplissez de ce que bon vous semble. Le livreur emporte vos trésors et les entrepose loin votre tête, de vos armoires, de vos pensées et de vos agacements, pour les ramener sur simple demande électronique, avec un préavis de 24 heures. Il s'agit d'un rangement délocalisé, la version matérielle du cloud digital, en quelque sorte. Bienvenue dans un monde merveilleux où il n’y a plus besoin de jeter. L’idée vient (naturellement) tout droit de New York, où les appartements sont particulièrement exigus, et aborde la Suisse via Zurich. À 7 fr. 90 la boîte, par mois (
www.box-butler.ch, on demande l'extension en Suisse romande!), c'est peu payer la paix des ménages. Et voilà comment on ne s'écrase plus les gros orteils en trébuchant sur des skis mal rangés, à chaque fois que l'on explore la cave comme on extrairait des diamants dans une mine.
Je me demande s’il ne faut pas doubler ce nouveau business d'une approche thérapeutique. Toute caisse non réclamée durant trois ans passerait d'office à une œuvre de bienfaisance et son ex-propriétaire recevrait une carte de félicitations, lui annonçant à la fois qu'il n'a plus besoin de payer son entrepôt et que la communauté applaudit sa générosité. Une sorte de sevrage, ferme et doux à la fois. On va dire que 2016 sera l'année des allégements. Chiche?

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