25/11/2015 15:43 | Lien permanent | Commentaires (0)

Rapide comme le guépard

Le guépard passe pour l’animal le plus rapide du monde. Parfait. Et alors? Alors j’y pense à chaque fois que croise une joggeuse, les jambes moulées dans un legging de sport tacheté. Espère-t-elle, par une sorte de transmission magique, capter un peu de la puissance du fauve? Puiser, dans son exemple, la souplesse de la foulée?

Depuis que, par la grâce de l’imprimé digital, les tenues de sports affichent les motifs les plus saugrenus, le choix du modèle pose quelques cas de conscience. Et pas seulement esthétiques – même si on peut se demander s’il est raisonnable de se couvrir les jambes de petits pois pour aller suer, comme le suggère une grande marque du genre. Et le collier de perles, pour assortir, peut-être? Non, l’enjeu est ailleurs: le vêtement a-t-il un effet dopant?

Quand mon fils était bambin, il tenait à tout prix à avoir des «chaussures qui courent vite». Il les testait dans le magasin avec des démarrages en trombe, puis portait son choix sur la paire qui l’avait, jurait-il, transporté presque malgré lui. Comme par hasard, les plus bigarrées remportaient souvent la mise. C’est dire si je suis totalement réceptive à l’aspect presque chamanique du vêtement de sport, qui transmet son énergie à celui qui le porte. On accélère forcément mieux dans la stimulation d’une couleur tonique. D’ailleurs la fameuse marque à trois bandes l’a bien compris dès le départ: l’idée même de la performance est inscrite dans ce motif le long de la jambe, comme une incitation à filer droit au but.

C’est pour cela que je suis un peu perplexe: que peut-on réellement faire dans ce legging imprimé de bandes dessinées, que j’ai vu l’autre jour au rayon? S’allonger sur le canapé et se lire les mollets? J’ai aussi repéré un ensemble à feuillage amazonien, oiseaux inclus, dans lequel je déconseillerais même une promenade dans Lavaux: on ne va pas effaroucher les flamboiements d’automne locaux, en leur collant des Broméliacées sous le nez… Je vous passe les explosions multicolores qui donnent envie de sauter dans tous les sens et les paysages urbains de nuit qui font clignoter des yeux… Zut, qu’est-ce que j’achète pour remplacer mon bon vieux compagnon noir, couleur anonymat et ennui?

J’ai tout de même fini par trouver un collant utile: une sorte d’imprimé écorce de bouleau, parfait pour le yoga. Si avec ça, je ne tiens pas fermement la posture de l’arbre… Mais du coup, ça ne va pas du tout pour le vélo: qui irait pédaler avec des jambes de bois? Ça y est: je crois que j’ai compris la stratégie nouvelle des équipementiers. Avec mon legging noir, je passais sans me poser de question d’un sport à l’autre. Maintenant, il va falloir que je trouve un motif zen pour le yoga, un fleuri pour la Zumba, un vert fluo pour la course à pied et un bleu ciel avec des nuages pour le Pilates anti-gravity, cette nouvelle discipline où on s’exerce suspendu à de drôles de hamacs. Conclusion? Shoppiiiiiiing!

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