25/11/2015 15:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mystère sous le capot

Les jeunes autour de moi roulent à vélo électrique et ils bataillent sans cesse contre des soucis de batterie. Ils tombent en panne au milieu de nulle part, transportent leur engin sous le bras pour le brancher pendant les cours et laissent ronronner la bête toute la nuit pendant qu’elle charge. C’est dire si je me suis sentie très adolescente, quand moi aussi je me suis retrouvée à gérer une batterie agonisante, assommée par les – ô si légères – baisses des températures nocturnes. Je sais, c’est moins tendance de se dépatouiller avec une auto qu’avec un vélo, mais à ma décharge, je ne roule pas en VW, je coupe le moteur aux feux rouges et je pratique le covoiturage aussi souvent que possible. Promis, juré… Bref, j’étais là à tourner la clé dans le vide, sans extraire ne serait-ce qu’un hoquet de ma vieille Titine rouge, et des souvenirs anciens me remontaient en mémoire, de l’époque où ma toute première voiture manifestait déjà des signes de faiblesse cardiaque.

Forte de cet accès de jeunisme et des réflexes accumulés alors, j’ai jailli de mon habitacle, récupéré ma paire de câbles à pinces dans le coffre et levé le pouce au bord de la route. Avec un sentiment vivifiant au fond de l’estomac, une montée d’adrénaline qui clame: «La reine du système D, c’est moi!» Faut-il le préciser? Dix minutes plus tard, j’avais pris vingt ans et je me sentais à peu près aussi actuelle que le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest (disparu en 2011) ou le phoque moine des Caraïbes (déclaré éteint en 2008). A l’évidence, le monde merveilleux de l’ingénierie automobile a bien changé pendant que je regardais ailleurs. Les conducteurs qui se sont arrêtés pour porter secours à la malchanceuse en panne ont été nombreux – merci à vous, gentlemen et gentes dames – mais ils sont restés bien dépourvus, à scruter en vain le vide sous leur capot. Pas de batterie en vue. Un cache-moteur planque désormais toute la mécanique. Quand d’aventure on repère enfin une boîte rectangulaire, impossible de localiser les pôles positif ou négatif. Certains Messieurs de bonne volonté ont été jusqu’à envisage de télécharger un tutorial de dépannage, mais je les en ai dissuadés. Alors ils sont remontés dans leurs voitures modernes, un peu penauds, me laissant au bord du trottoir, pinces au vent. Il a fallu une conductrice joyeuse à bord d’un pick-up déglingué, pour que nous puissions enfin nous remonter les manches à deux et aller tripoter nos moteurs résolument vintage. Nous nous sommes serré des mains grasses: moi dinosaure, toi mammouth…

Je dois admettre que la mythologie de la voiture en a pris un coup dans mon subconscient: les autos d’aujourd’hui sont visiblement aseptisées: elles roulent comme par magie et tout le monde se fiche des détails. Presque des tapis volants… Que devient alors le fantasme du mécano viril, ce concentré de puissance, les mains dans le cambouis? En voie d’extinction, lui aussi.

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