07/11/2015 10:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

La voix du compost

Il parait que, pour se faire élire, les candidats aux divers étages de la politique suisse doivent serrer des milliers de mains au marché. Tu parles! ça, c’était avant. Quand les gens achetaient effectivement et régulièrement leurs victuailles eux-mêmes et les transportaient dans de jolis paniers. J’aime bien ce rituel d’ailleurs: fête, quand je peux arracher du temps à l’agenda pour m’en aller cueillir le chou frisé et la pomme locale à même l’étal du maraîcher. Sauf qu’aujourd’hui, hors centres villes, les gourmands se font livrer les œufs de la ferme directement à leur porte et le reste, ils le commandent sur internet. Alors où rencontrer l’électeur, pour sûr de sûr, le samedi? Plus vraiment là où il achète, plutôt là où il jette. Voilà une activité que l’on ne peut pas encore déléguer à des sous-traitants et bizarrement, il me semble que l’on consomme peut-être à peine moins, mais que l’on évacue toujours davantage de déchets. Et les bouteilles vertes à gauche, le plastique à droite, le carton, il va où? Mais non, là, c’est le container du papier, ce n’est pas pareil. Et pas question de fourrer les capsules de café avec l’aluminium, c’est tricher. Bref, la déchetterie est en train de se profiler comme le point de ralliement des petites commune, là où on s’attarde, où on rencontre les voisins… et où on serre la pogne des politiciens.

Je ne pouvais m’empêcher de rire sous cape, le week-end dernier en passant devant la déchetterie près de chez moi. Sale boulot, quand même que la politique… Je voyais de loin le candidat et sa banderole, je me disais que c’était de la proximité, de la vraie: parler aux gens à l’ombre du tas de compost, cette masse rassurante et odorante, qui transforme notre intimité ménagère en terre porteuse d’avenir. En voilà un programme de parti… Je ne sais pas si l’homme a évoqué sa vision de l’écologie – le lieu s’y serait prêté, mais je ne suis pas vraiment du genre à faire un détour pour entendre des harangues partisanes. Je ne sais pas non plus, à l’heure où j’écris, s’il a été élu au Conseil des Etats. Mais chapeau bas (de récupération?) à celui qui vient faire le hérisson sur son tas de décombres végétaux, les deux pieds dans notre réalité aux relents de poubelle. Je suis certaine que, s’ils l’avaient pu, les asticots, coléoptères, limaces et autres mulots, tous ces locataires de nos restes en phase de recyclage, auraient voté pour lui.

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