24/10/2015 13:57 | Lien permanent | Commentaires (0)

Cigale privée d’antennes

Voilà, on y est! Après l’effervescence passionnée des messageries à tout va, après la griserie des amis virtuels partout et tout le temps, l'humain connecté commence à percevoir l'apaisement que pourrait représenter un instant - oh, un court instant, mais tellement jubilatoire - sans réseau. La possibilité d'une île. Une manière de déposer les armes. Mon royaume et la main de ma fille pour pouvoir arrêter de cliquer et liker.

Ne me regardez donc pas comme une allumée! Je sais bien que chacun est libre de résister aux appels du wi-fi et qu'aucune loi n'oblige à raconter ses émotions sur Facebook, à faire son malin du Twitter ou à gérer ses boîtes de messagerie en attendant le bus. Je le sais, mais je n'en vois que peu l'effet. Et je suis certaine que vous avez, vous aussi, des amis qui disparaissent aux toilettes durant les soirées, pour vérifier ce qui se passe dans leur dos sur les réseaux sociaux, pendant qu'ils dégustent un gigot aux épices à votre table. Ne me dites pas le contraire…

Bref. Nous sommes devenus des cigales toutes antennes dehors, toujours à striduler sur les réseaux et à faire les beaux. C'est en réaction à cette agitation qu'ont émergé, l'été dernier et celui d'avant, des propositions d'hôtels garantis sans connexion. Ceux-là se présentent comme des cures de désintoxication, qui obligent leurs clients à renouer avec eux-mêmes et réapprendre à regarder la mer de leurs yeux, plutôt que sur l'écran de leur smartphone. A apprécier le bleu réel des vagues, plutôt que de chercher à l’intensifier grâce à un filtre du logiciel de gestion d’image avant de poster l’idylle. Après les pauses vacancières, voilà donc maintenant la nouvelle variante de l'abstinence: les conférences avec appareil prohibé.

Je viens d'être invitée à un tel forum et les organisateurs expliquent qu'il devient absurde de voir les orateurs s'exprimer devant une forêt de bras levés, armés d'appareils de communication, prêts à lancer chaque mot sur les réseaux. Et si on essayait de se concentrer, mmmh? D'écouter plutôt que d'enregistrer? De comprendre plutôt que de diffuser? Bienvenue à une expérience sensorielle fascinante et absolument inédite: vivre un événement en présence réelle. Avec son propre cerveau, sa propre perception, sa sensibilité unique. Quel défi! Qui en est capable?

Hum! L'événement est prévu pour décembre. Vous croyez que je devrais prévoir une désaccoutumance progressive pour tenir cinq heures loin de mon smartphone?

 

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