12/10/2015 17:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

L'amour au petit trot

Mon voisin est un joggeur. Je le croise parfois, au soleil ou sous la pluie, la foulée régulière, le souffle sous contrôle, et petit bonjour donc, de la main, sans altérer le rythme. Mon voisin se trouve aussi être professeur honoraire de psychologie clinique à l'université de Lausanne et il vient de publier un essai qui unit son double intérêt pour le corps et l'esprit: "Pourquoi courir, comment la course à pied nous révèle à nous-même" (Nicolas Duruz, Editions Médecine & Hygiène)

Mon voisin Nicolas Duruz m'épate totalement. Non seulement, il aligne les courses populaires de 20 km, plusieurs fois par saison, à 72 ans, mais en plus il parvient à théoriser sa pratique sportive et lui trouver une dimension symbolico-existencielle. Ce qui signifie déjà qu'il réussit à penser tout en suant, ce qui, croyez-moi, relève de l'exploit... Je vous fais grâce du détail scientifique de son propos (un peu jargonnant, il faut admettre) pour en venir à l'essentiel: celui qui court, le fait surtout dans un acte de générosité pour autrui. La chose n'est pas vraiment formulée de façon aussi directe dans le livre, mais c'est ce qui ressort clairement entre les lignes et c'est  que nous a raconté le même Nicolas Duruz, un jour que nous arrivions tous les trois - lui, mon homme et moi, liquéfiés mais contents de nous après un petit trot forestier - en même temps devant nos portes respectives. En gros, a-t-il soufflé en se tenant les côtes, ce n'est qu'une fois réconcilié avec lui-même, après avoir ressenti la griserie des muscles en action, après s'être oublié dans le mouvement, après s'être fondu dans l'air respiré et le paysage parcouru, que l'humain parvient à se libérer de l'angoisse d'être-lui même et à s'intéresser à autrui. Il devient alors un compagnon charmant et disponible. Nicolas Duruz va sans doute détester la manière dont je vulgarise son propos, mais j'ai immédiatement adopté cette théorie.

Ceci est donc un message personnel à mes (fort nombreux) amis non-coureurs. Merci de continuer à endurer - avec votre mine polie, comme si je ne vous cassais pas les pieds - mes diverses anecdotes de pulses affolés, de courbatures, de doutes face à la prochaine course... Je vous suis infiniment reconnaissante de m'accorder parfois ces cinq minutes de récit en soirée. Je sais bien que je pourrai parfaitement courir sans jamais en parler. Mais vous me connaissez: je suis de nature expansive et si je vous raconte ces petits riens qui représentent le summum épique de l'aventure joggeuse, c'est pour ne pas vous laisser oublier que je cours aussi, au final, pour vous être agréable. Prenez mes digressions comme une manière de vous dire tout ce que je suis prête à endurer, par amour pour vous.

Les commentaires sont fermés.