19/09/2015 15:14 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un amour de journal

«Je veux que tu reviennes!» C'est un cri du cœur, une complainte amoureuse, une supplique éperdue, presque un refrain de Johnny Halliday. «Want you back!» - en langage épris universel. Et pourtant, ce mot arrivé dans la boîte réception de mon courrier électronique n'émane pas d'un quelconque amant éconduit sur un site de rencontres, ni même d'un humain abandonné en vrai, et il n'a pas été rédigé sur du papier parfumé, avec une plume trempée dans le sang. Non, voici simplement le message de rappel du quotidien New-York Times, auquel j'avais souscrit un abonnement en ligne d'une année, que j'ai omis de renouveler. Peu après l'échéance, les mails ont commencé à se multiplier, avec une montée en fréquence et en puissance, qui a abouti à ce hurlement de douleur silencieux, accompagné d'une offre de rabais de 50%. Honnêtement, ça vaut la peine de jouer les princesses et de se faire désirer, tant pour les grandes déclarations que pour les économies réalisées.

Ma subite relation passionnelle avec le NYT montre plusieurs choses. D'abord, évidemment, que la presse est prête à tous les gestes désespérés pour garder ses quelques lecteurs payants - ce n'est pas un scoop. Mais aussi que ce que l'on appelait un «contrat de lectur » entre journalistes et curieux des nouvelles du matin évolué vers une toute autre approche, celle du lien affectif, de la codépendance amoureuse. Tous ensemble dans la même barque, chérie ne me laisse pas couler! Ensuite, ce ton montre à quel point nous sommes tous des cœurs d'artichaut: je ne suis sans doute pas la première à avoir eu la flemme de régler ma facture et si donc le service commercial m'envoie un message pareil, c'est qu'il a marché avec d'autres. On a beau savoir que le texte implorant a été généré automatiquement par un ordinateur sans état d'âme, il fait tout de même sourire au saut du lit. On s'ébouriffe les cheveux d'une main satisfaite, on relève le menton... Et on dégaine sa carte de crédit.

Je me suis réabonnée, naturellement - comment résister? Mais l'année prochaine, à la même date, j'attends au moins une invitation personnelle du rédacteur en chef. Non mais!

 

 

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