07/09/2015 08:58 | Lien permanent | Commentaires (0)

Arrêtez vos salades

Je vous y prends: les deux mains dans le saladier, à secouer les feuilles vertes juste pour le plaisir, avant de les bonifier d'une tombée d'huile d'olive extra-vierge et de quelques gouttes de balsamique. Trois graines par-dessus le tout, peut-être? Arrêtez-moi ce cirque tout de suite! Vous ne voyez pas que vous êtes en train de détruire la planète?

Depuis quelques semaines, la salade vénérée par tout(e) aspirant(e) à la minceur a comme un goût amer. Et ce n'est pas parce qu'il y a de la chicorée dans le mélange. Dans ma cuisine, la mise au pilori a commencé au début de l'été, quand mon aînée (faites des enfants…) est revenue de l'expo universelle de Milan. Dans le pavillon italien, une sorte de supermarché du futur permet de comparer l’empreinte carbone de diverses denrées. La pollueuse la plus hurlante est la laitue en sachet, celle dont on ne mange que les délicats petits cœurs jaunes et tendres - ma favorite. Confrontée aux chiffres brutaux de ce que moi, personnellement, je détruis chaque an (pourquoi diable n’y a-t-il personne d’autre, dans cette famille, à se coller aux courses?) j'ai dû battre ma coulpe et modifier mes schémas. Finie, la salade préparée en trois secondes en déchirant simplement le plastique, me voilà en train de laver et essorer la verdure, après avoir fait un crochet chez le paysan du coin, pour être certaine d'être du bon côté de la ligne verte. Et ruminons joyeusement les grosses feuilles foncées de notre bonne conscience…

Fais-je tout juste maintenant? Vous rigolez! Ça devient viral sur les réseaux sociaux: le concept même de salade est à bannir d'urgence. Tout ce feuillage gorgé d'eau prend trop de place dans l'agriculture mondiale, demande de l’arrosage en excès et engendre des déplacements disproportionnés pour un apport nutritionnel qui se réduit le plus souvent aux calories contenues dans la sauce. C'est valable pour les concombres et les radis aussi. D'un strict point de vue rationnel, nous disent les stratèges de l’alimentation de demain, gourmands et producteurs feraient mieux de se rabattre sur le maïs et la patate.

Et zut! Évidemment que diététiquement parlant, la salade c’est zéro! C'est bien la raison principale  pour laquelle j'en mange. Vous en connaissez beaucoup, vous, des produits à mâcher inoffensifs qui vous aident à ne pas vous resservir de lasagnes? Mais voilà, tout à coup la salade est devenue un luxe dispendieux pour nantis prêts à payer pour manger du vent. Et hop, un snobisme de plus…

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