09/05/2015 15:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

La paix des boutons

 

Je sens que mon prochain voyage à Paris va me donner des boutons… Je prévois en effet de faire un crochet par le Musée des arts décoratifs, qui présente actuellement une exposition nommée «Déboutonner la mode» (jusqu’au 19 juillet, ça devrait le faire). Il s’agit d’une collection exceptionnelle de 3000 boutons, dûment classée œuvre d’art d’intérêt patrimonial majeur, dont, par exemple, un modèle peint d’une miniature à la Fragonard ou un ensemble du XIXe siècle qui illustre les fables de la Fontaine. Comment appelle-t-on ces fous qui farfouillent les brocantes et les invendus d’usine à la recherche de ces petits disques bizarres et percés? Boutonophiles ou boutonophrènes?

Personnellement, je me réjouis de m’ébaubir de la délicatesse artistique de telles prouesses créatives sur une circonférence de moins de 7 centimètres, mais j’approche la chose avec la même méfiance fascinée que je manifeste dans un vivarium. Serpents ou boutons, même combat: je préfère ces beautés importunes enfermées dans une vitrine que proches de mon anatomie. Pour moi, un bouton est surtout un ennemi à soumettre. C’est qu’il est retors, l’accessoire de mercerie. Il y a le petit malin qui prend la grosse tête et refuse de passer par la boutonnière. Ou le taquin qui va se nicher dans le dos, à la hauteur de l’omoplate – pourquoi donc n’y a-t-il plus de femme de chambre? Et l’inconfortable, celui qui est cousu, en renfort, sur les instructions de lavage d’une chemise et finit sculpté en bas-relief sur la hanche, à force d’avoir été comprimé entre le jeans et la chair. Sans compter le velléitaire, qui pend si longtemps au bout de son fil sans vraiment lâcher, que l’on s’habitue à le voir ainsi et qu’on renonce à le recoudre. Mais – surprise… - il finit lui aussi par tomber. Que dire encore du coquet spectaculairement décoré? Celui-ci est toujours le premier à se faire la malle, laissant un manteau tout penaud, orphelin et dépareillé. Non, franchement, les boutons sont des bêtes à chagrin.

Sur un rayon tout au haut d’une armoire, je continue pourtant à remplir un carton de tous les boutons égarés de la maison, dans le vain espoir qu’ils ramèneront un jour à la vie une tenue qui aura perdu un des siens. Je crois qu’à ce jour, je n’ai jamais réussi à opérer ce miracle. Les boutons disparus n’ont simplement pas d’équivalent. Il faut alors changer toute la rangée et pour d’obscures raisons, le résultat est toujours un cran au-dessous du vêtement d’origine. La boite qui déborde a donc pour seule vocation d’incarner l’ampleur de mon désintérêt pour la chose domestique. C’est assez vexant…

La bonne nouvelle c’est que, depuis le temps, j’ai moi aussi assemblé de nombreuses centaines de boutons. Sans doute pas aussi beaux que ceux exposés à Paris, mais si quelqu’un veut monter une exposition anthropologique sur les agaceries du quotidien, ils sont à disposition.

 

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