25/04/2015 10:27 | Lien permanent | Commentaires (1)

Sexy du pied

 

Celle-là, on ne l'attendait plus guère! Aucune chaussure au monde n'est aussi malpratique qu'une mule, elle qui conjugue l'inconfort du talon haut avec la vulnérabilité de la tong. Et pourtant, la revoilà. La plupart des grands noms de la mode en proposent pour ce printemps: Céline en croco choco, Acné sur bambou, Prada en petite chose mimi, genre pantoufle en sucre à poser sur la crème fouettée d’un gâteau de mariage.

Alors voyons, à quoi sert cet accessoire de pied? Pas à marcher, évidemment! La plupart des chaussures, de la basket à la sandale, en passant même par l’escarpin, ont pour vocation de se tenir à leur place, soit entre le bitume et la voûte plantaire. Pas la mule. Elle, son espace naturel se situe à mi-hauteur, où elle se balance nonchalamment dans l’air, accroché au bout de l'orteil, lui-même au bout d’une jambe croisée par-dessus l’autre. L'effet est très décoratif, incitant le regard à remonter le long du mollet puis plus haut, pour aller finalement s'égarer sous l’ourlet. Mais qu'importe! Ce pied à peine chaussé, si prompt à se dénuder, suggère que tout vêtement n'est là que pour être enlevé. À cet égard, la mule vous a des manières de cocottes du XVIIIe siècle, quand les demi-mondaines les enfilaient au saut du lit, pour trottiner entre quatre murs. L'héritière la plus évidente de ce chausson d’apparat serait la pantoufle d'intérieur à talon, avec pompon en fourrure, mais celle-ci (ouf!) n'a pas re-émergé des oubliettes de l'histoire érotisée.

Quand elle finit tout de même, contre toute attente, par se mettre en mouvement, la revenante réserve une autre surprise, d’ordre sonore celle-ci. Les escarpins pressés cliquettent sur le pavé, les bottes battent le rythme, les tongs traînent par terre… La mule, elle, propose comme une mise en musique de l’indolence. "Sliourp" fait la semelle quand elle se décolle de la plante du pied – presque un bruit de bouche. "Clac" fait le talon qui heurte le sol. Sliourp-clac, sliourp-clac, fait la chanson chaloupée du déplacement féminin. Étonnant bruitage, non?, pour une parade amoureuse.

Dans cette mise en scène du pied mignon, du pied fripon, le plus stupéfiant est à venir: c'est que l’effet mule risque fort de prendre. Ce qui me fait parier cela? Les rayons de grands magasins regorgent de crèmes pour talons et autres produits miracles pour polir, poncer, adoucir, rajeunir ces membres qui nous font marcher. Il y a même une toute nouvelle chaussette exfoliante et un appareil électrique qui promet une peau de pêche. Moi je dis que c’est un appel du pied.

 

 

Commentaires

Un article bien sympa merci j'ajoute votre site à mes favoris

Écrit par : nora | 28/04/2015

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