13/03/2015 17:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

Esthétique fermière

 

Alors quoi: des pantalons évasés pour l'hiver prochain? Plutôt un pull-over en tricot chiné? Les défilés de prêt-à-porter ont ceci de perturbant qu'ils se déroulent au moment précis où l'hiver refuse encore de laisser entrer le printemps. Il fait trop cru pour tomber le manteau, mais on a déjà chaussé les lunettes de soleil. Envie de se déshabiller et il s'agit pourtant de se projeter mentalement dans les frimas à venir, en octobre prochain. J'en étais là dans mon état d'âme chaud-froid, la semaine dernière à Paris, quand j'ai réalisé que j'avais tout faux. Les pattes d'eph´ (rebaptisées "flare" en sabir contemporain), on les voit dans la rue maintenant, comme dans les défilés de l'hiver prochain, et comme dans les vitrine du printemps. Pareil pour les cols roulés, les touches dorées  ou l'esprit gypsy des longues casaques bariolées. Aucune projection mentale à effectuer: tout est là en temps réel. Pfouit, disparues les saisons, gommées les évolutions. Comme si la mode avait pressé sur la touche pause. La faute d'un euro qui patine? D'une actualité sinistre? Des impératifs commerciaux qui brident l'imagination?  Toujours est-il que ces trois saisons se superposent et se ressemblent comme trois mailles de tricot - à l'envers, à l'endroit, un rang pour le beau, une autre pour le froid.

La bonne nouvelle, c'est que le pantalon qui moule vos fesses aujourd'hui, les moulera tout aussi justement demain. Et hop, une séance shopping en moins. La mauvaise nouvelle, c'est que le moteur de la mode s'est enrayé à un sale moment. Outre les allusions aux années hippies (que l'on a déjà revisitées plus souvent qu'elles ne le méritent), voilà que s'installe une horreur qui n'aurait jamais dû s'évader des livres d'histoire. Je veux parler de la midi. Vous avez-vu ces jupes en forme de cloche? Taille serrée, plis évasés à foison et longueur à haut de mollet: on voudrait aller chercher des œufs au poulailler qu'on ne mettrait pas autre chose. Les modeuses jurent qu’il a y une allégresse à porter ces jupettes qui s’envolent, surtout avec des baskets ou des chaussures d’hommes. Pour «casser les codes», il paraît… Tu parles! Ma conscience professionnelle m’a poussé à essayer, mais mon reflet dans le miroir m’incite à déconseiller ardemment l’expérience à toute femmes au-delà de 18 ans et de 36 kilos. L’effet Bécassine est saisissant. Hanches généreuse, pied plat et silhouette de laitière, voilà sur quoi la mode est restée coincée. Et en tissu fleuri, pour parachever le massacre. Et zut!

Vivement les défilés prochains, en espérant que le grand manège la mode se remettra à tourner. Je n'aimerais pas que l'on ait le temps de s'habituer à autant de niaiserie champêtre.

 

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