07/03/2015 09:25 | Lien permanent | Commentaires (1)

Du bout des dents

 

Qu’est-ce qu’elles ont mes papilles? Moi qui me targue d’un palais aventureux, moi qui suis toujours prête à mettre en bouche de nouveaux alliages alimentaires et des exotismes saugrenus (j’ai même goûté, jadis au Vietnam, au cœur de cobra encore palpitant, c’est dire!), voilà que je tout mon système gustatif se rebelle. Langue rétive et nez plissé: je ne mange pas de ça… Il n’est nullement question de quelque folie gastronomique d’un grand chef en mal de provocation. Non, je parle des nouveaux chocolats en plaques qui débarquent au supermarché. Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais aucune de ces expérimentations ne me convainc. Eclats de bricelets ou de biscuits militaires? Lait et cranberries ou extrafin et myrtilles? Arômes de lime, piment ou gingembre? Chocolat à la mousse de chocolat (qui a pu inventer un machin pareil??) ou au latte macchiato? Au secours, le chichi choco a encore frappé.

Hagarde devant le rayon de toutes les consolations, je cherche la plaque qui remet le monde à l’endroit, celle qui permet de traverser les intempéries de l’âme. Je ne la trouve pas. Pourtant, je la connais parfaitement: emballage crème comme le lait à peine jaillis du pis et 27% de noisettes entières – la recette du bonheur. Le hic, c’est que je dois être la seule traditionaliste à penser cela, puisque mon amie fidèle disparaît de plus en plus souvent des rayons, au profit de jeunettes plus aventureuses.

Je les ai évidemment goûtées, ces nouvelles. Pas forcément mauvaises, mais il leur manque la qualité première du chocolat: la sensation de plénitude. A force de faire des manières, les carrés innovants se grignotent du bout des incisives, comme un écureuil méfiant le ferait avec un fruit inconnu. Petit fragment par mini-éclat, une baie ou une saveur à la fois, pour tenter d’harmoniser les arômes inédits. Tout juste s’il ne faut pas lever le petit doigt et se tamponner les lèvres de sa serviette amidonnée.  Alors que le chocolat, le vrai, celui qui ramène en enfance, s’avale à bouche que veux-tu, dans la joie goulue du trop-plein. Et pour cette satisfaction-là, rien ne remplace l’association superbement dosée de lait et de noisettes. Mais sans doute est-ce trop simple pour les consommateurs si vite lassés que nous sommes devenus.

Je parcours les rayons avec un brin de tristesse: et si le chocolat avait perdu son innocence?

Commentaires

Le goût la dégustation l explosion en bouche
Tout cela reste de l échantillon de la démo.
OUI JE VEUX FINIR AVEC LA PLÉNITUDE EN BOUCHE.

Écrit par : Sylvie | 08/03/2015

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