21/02/2015 16:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Comme il est belle

 

Ce n’est ni une robe, ni un kimono. Une sorte de cocon peut-être, dans lequel s’enfiler le matin. La chose coûte plus de 400 dollars et se veut une tenue avant-gardiste. Par la technologie de son tissu? Par l’audace de sa coupe? Non point. Le coton est une matière hautement traditionnelle et le tissu noblement drapé se porte de toute éternité. Non la nouveauté est ailleurs, elle se cache sur l’étiquette: le vêtement bleu de la marque américaine 69 se veut totalement unisexe. De manière pratiquement militante. Femme ou homme, vous en êtes encore là?

Si je croise un miroir le dimanche, moi aussi je me vois en porte-drapeau de la cause unisexe, affublée du jean mollachu de mon homme, resserré à la taille par un ceinturon. Dans la rue, des nuées de jeunes éphèbes portent, eux, des cabas au bout du bras, qu’ils ont sans doute piqué à leur maman. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit: quand ils restent des emprunts, les accessoires de l’autre sexe jouent encore la carte de la séduction. Toutes les femmes savent depuis Saint-Laurent, qu’il n’y a rien de plus sexy qu’un smoking à même la peau tandis que les hommes rehaussent, parfois, leur virilité d’une touche de rose dragée. Joli? Beaucoup trop! En ce moment, la tendance un jean pour tous se profile de manière beaucoup plus radicale, avec des vêtements conçus pour gommer les différences et tuer les stéréotypes. C’est ainsi que le grand magasin Selfridge, à Londres, est en train de réaménager son gigantesque rayon confection, sur trois étages, pour un projet nommé Agender, comme a-genre. Dès le 12 mars et pour six semaines, il n’y aura plus de ségrégation sexuée. Du rayé et du drapé pour tout le monde, et hop! Ou du gris, peut-être? Même les mannequins de plastique seront chauves et neutres, pour bien souligner le propos. Vendra-t-on encore des soutiens-gorge? Mystère…

Clairement, nous sommes face à une nouvelle difficulté vestimentairo-diplomatique. Depuis que les chanteuses à romance portent la barbe, l’habillement devient une affaire épineuse. Conchita Wurst, elle, reçoit peut-être ses escarpins directement de Christian Louboutin (surtout quand il lui faut un modèle violet à brillants pour se produire au Crazy Horse), mais tous les autres grands pieds qui aimeraient hisser leur pointure 43 sur stiletto, mmmh? Où sont-ils censés chercher à se chausser? Et les belles qui rêvent de slip kangourou en taille fillette, alors? Pas du tout simple à trouver… La nouvelle vague androgyne ambitionne dès lors d’emballer tout le monde dans le même élan conceptuel.

Je vois assez bien l’idée. Mais j’aime moins sa réalisation. Quel est le seul vêtement susceptible de convenir à toutes les anatomies, où que se situent les creux et les bosses? Bingo! Vous  venez de visualiser la tunique sur pantalon large. Avec des baskets, parce que c’est mode aussi. A force d’inventer des tenues qui pourraient aller à tout le monde, on ne peut être certain que d’une chose: c’est qu’elles n’iront à personne.

 

 

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